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Guerre en Ukraine: "Vladimir Poutine n'a pas de véritable réaction", juge l'historien Michel Goya

Plus de deux mois après le début de l'invasion russe de l'Ukraine, Vladimir Poutine semble impuissant face à la résistance ukrainienne, aux sanctions occidentales et aux livraisons d'armes étrangères. Le décryptage de Michel Goya, historien militaire.

Plus de deux mois après le début de l'invasion russe d'Ukraine, la guerre continue. Moscou aimerait avoir atteint certains objectifs avant le lundi 9 mai. Mais l'armée ukrainienne résiste toujours et l'Europe continue de la fournir en équipement militaire

La situation à Marioupol

La Russie a lancé mardi un puissant assaut, appuyé par des chars et de l'infanterie contre l'usine Azovstal, dernier foyer de résistance ukrainienne à Marioupol. "L'usine peut tomber à tout moment tout dépend des vivres et des munitions qu'ils restent aux forces ukrainiennes", explique Michel Goya, ancien colonel et historien militaire qui assure que l'issue de la bataille "ne fait pas de doute".

"Mais chaque jour de résistance est un pied de nez à la Russie. Et la Russie voit qu'il faut deux mois pour s'emparer d'une ville alors qu'il y a d'autres villes comparables à Marioupol dans le Donbass que les Russes doivent prendre pour atteindre leur objectif. Ça fait peur et c'est dissuasif", note-t-il.

Et selon lui, les Russes ne savent pas faire autrement que de raser les villes et reconstruire ensuite pour s'en emparer comme ils l'ont fait à Grozny en Tchétchénie.

Vers une escalade le 9 mai?

Moscou aimerait donc avoir conquis entièrement Marioupol au 9 avril, jour national de la victoire, une date très importante pour la Russie. Au menu, une parade, un défilé militaire et forcément un discours de Vladimir Poutine "qui sera forcément un discours de victoire".

Seule inconnue, s'agira-t-il d'un discours expliquant que la victoire est acquise avec la conquête de Marioupol et que les objectifs sont atteints, ou alors s'agira-t-il d'un discours d'escalade en évoquant les soutiens de l'Otan?: "Dans ce cas il serait question d'évoquer une attaque contre la mère patrie et ce serait une déclaration de guerre, car la Russie n'est officiellement pas en guerre", estime Michel Goya.

"Tout le monde craint que ce lundi, dans son discours, Vladimir Poutine déclare une escalade de l'implication russe dans la guerre en Ukraine", ajoute-t-il.

L'intégration du Donbass

Dans les territoires conquis par les forces russes, essentiellement dans le Donbass, Moscou organise à sa manière la vie locale: "Les Russes sont en train d'organiser les territoires conquis, en organisant la vie politique, administrative et économique. Ils imposent le rouble dans certaines régions conquises, ils imaginent des référendums, des élections", relate Michel Goya. "Ils sont en train d'organiser l'après-guerre en faisant du Donbass la Russie. Et si le Donbass venait à être attaqué, ce serait une attaque de la Russie donc", explique l'ancien colonel.

Car la Russie dans les faits, n'a jamais déclaré la guerre à l'Ukraine. "L'Ukraine est en guerre mais la Russie mène une 'opération extérieure'. Une déclaration de guerre permet d'engager une mobilisation générale et des conscrits", rappelle l'ancien Colonel. "Cela permettrait à Vladimir Poutine de monter en puissance s'il se considère en difficulté en Ukraine".

Quid de la menace nucléaire?

Vladimir Poutine a appelé Emmanuel Macron à cesser de fournir des armes à l'Ukraine. Un appel qui n'a pas été entendu alors que Michel Goya rappelle que les Occidentaux fournissent depuis le début de la guerre des armes à l'armée ukrainienne. De quoi pousser Moscou dans ses retranchements?

"On ne voit pas très bien les marges de manœuvre de Vladimir Poutine à part brandir la menace nucléaire tous les deux jours, ce qui est un aveu autant de puissance que d'impuissance. Il n'a pas de véritable réaction", estime Michel Goya.

En attendant, les sanctions économiques continuent de peser sur la Russie. Et l'Europe pourrait bientôt mettre en œuvre un boycott du pétrole russe. Ce mercredi, la Commission européenne a proposé un projet d'embargo total de l'or noir de Moscou, véritable moteur financier de la guerre du régime de Vladimir Poutine en Ukraine.

Guillaume Dussourt