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Ils pédalent sur la route inverse des migrants: "La réalité est bien plus horrible que ce qu'on imaginait"

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Adrien et Pierre, 26 ans, pédalent depuis début septembre. Les deux Bretons sont partis à vélo de Marseille et rallieront Athènes d'ici fin novembre. En empruntant la route inverse de celle des migrants, les deux amis veulent récolter des fonds pour "SOS Méditerranée", une association qui secourent les migrants en mer.

Pierre est professeur d'EPS en Bretagne. Adrien a fait des études d'ingénieur et a travaillé en Martinique et à Paris.

"Nous avions le projet de voyager à vélo à travers l'Europe et on s'est dit que ce serait sympa de donner un sens à notre voyage et de ne pas le faire uniquement pour pédaler.

La cause des migrants nous tenait à cœur, on ne connaissait pas trop de choses mais on avait envie d'apprendre. Et puis le beau-père d'Adrien nous a parlé de l'association "SOS Méditerranée". On a donc décidé de faire le chemin inverse des migrants :de la France à la Grèce en passant par des endroits stratégiques comme Vintimille, la Sicile et la Grèce.

Au début, on avait l'idée de faire des vidéos assez légères sur notre traversée et puis on s'est rendus compte qu'on faisait rire les gens mais ils n'étaient pas forcément touchés par la cause de l'association. On a lancé une journée 1 euro = 1 kilomètre, où on pédalait au fur et à mesure des dons des gens. Et là on cherche d'autres défis pour relancer la cagnotte.

"Nos gouvernements ferment les yeux"

La réalité que nous avons rencontrée est bien plus horrible que ce qu'on imaginait. Ce qu'on connaissait via les médias était assez éloigné de ce qu'on a vu sur le terrain. A Vintimille, ça a commencé quand on a vu dans quelles conditions les migrants qui essayent de passer la frontière étaient logés. Les gens ont interdiction de les aider, de leur donner de l'eau.

On a aussi appris ce que les migrants qui passent par la Libye avaient subi, les violences des passeurs, les camps illégaux. Et les gouvernements français et italien font le minimum, voire rien du tout. L'Europe laisse l'Italie s'occuper toute seule des migrants et l'Italie va jusqu'à payer les milices libyennes pour bloquer les gens à la frontière. Nos gouvernements ferment les yeux.

L'association "SOS Méditerranée" est soutenue à 90% par des fonds privés, donc ce sont vraiment les citoyens qui se mobilisent face à l'inaction du gouvernement. Ça nous a vraiment révolté que cette question ne soit pas la priorité.

"Ces gens devraient être plus considérés"

On nous parle beaucoup de la Seconde guerre mondiale et le génocide. Mais il s'en passe un de la même envergure, maintenant, juste à côté de chez nous et c'est passé sous silence. Quand ces gens arrivent en Europe, ils devraient être plus considérés.

Ce qui nous a le plus marqué c'est la rencontre avec "SOS Méditerranée" et le débarquement de l'Aquarius [un bateau qui sauve les migrants au large de la Libye]. On a eu le ventre noué. C'était très intense. On avait lu le livre Les naufragés de l'enfer de Marie Rajablat, qui rassemble les témoignages de migrants recueillis sur l'Aquarius. Nous avons vu débarquer ces familles, ces femmes, ces hommes. Tout ce qu'on avait lu, on l'a vu en face de nous et ça donne du sens.

Nous, on voudrait sensibiliser les gens à cette réalité. Si on arrive à faire lire ce bouquin à quelques personnes c'est déjà bien. Quand on lit ce livre et qu'on a vu tout ça, on ne peut plus faire comme si ça n'existait pas.

Ce voyage va forcément un peu influencer la suite, Adrien voudrait faire un métier plus social et plus engagé. Et Pierre espère se servir de son métier de prof pour inculquer certaines valeurs".

> Pour soutenir Pierre et Adrien et SOS Méditerranée, c'est par ici.

Propos recueillis par Paulina Benavente