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L'Allemagne nazie n'a pas capitulé le 8 mai 1945 à Berlin mais la veille... à Reims

REPORTAGE - Contrairement au calendrier officiel, la capitulation allemande n'a pas été signée le 8 mai 1945 à Berlin, mais le 7 mai à Reims. Une signature dans le plus grand secret à 2h41 du matin dans le Quartier général des Forces alliés. 70 ans après, RMC est allée là où les forces allemandes ont réellement rendu les armes.

Berlin, le 8 mai 1945, l'Allemagne nazie capitule devant les Alliés. Ce jour marque donc la fin de la Seconde Guerre mondiale. Une date enseignée dans tous les collèges de France et tous les ans des commémorations ont lieu aux quatre coins du pays pour célébrer la défaite allemande. Et pourtant, cette date n'est pas la bonne. En effet, contrairement au calendrier officiel, le Maréchal Jodl et l'amiral Von Friedeburg signent la capitulation des armées allemandes du front de l'ouest le 7 mai 1945, non pas à Berlin mais à Reims. Une signature qui a lieu dans le collège technique de la ville qui à l'époque était le Quartier général des Forces alliés.

C'est pourquoi Reims tente aujourd'hui de remettre cette réalité historique dans la mémoire des Français. 70 ans jour pour jour après cette capitulation, une cérémonie a lieu ce jeudi en présence du secrétaire d'Etat aux anciens combattants, Jean-Marc Todeschini. Sur place, Marc Bouxin, le conservateur du musée de la Reddition, raconte comment la défaite allemande a été actée. "Cela s'est déroulé dans une ancienne salle des professeurs. Il était 2h41 du matin et dans le plus grand secret l'armée allemande capitule. L'atmosphère était très lourde, très tendue. Les trois Allemands sont tous seuls d'un côté de la grande table et face à eux les 11 officiers alliés", explique-t-il à RMC.

"On ne risquait plus de se faire bombarder"

Comme une humiliation supplémentaire, le général américain Ike Eisenhower, le commandant des forces alliées, n'est pas là. Il ne descend que plus tard de son bureau pour enregistrer le message de la victoire. Il n'y aura pas d'annonce officielle mais à Reims, le 7 mai, la rumeur se répand. La ville fête la fin de la guerre en Europe 24h avant le reste du monde.

Jacques est l'un des rares survivants, il avait 12 ans à ce moment-là: "On l'a su de bouche-à-oreilles dans la journée. On était contents… C'était surtout ce côté 'la guerre est finie'. On ne risquait plus de se faire bombarder", se remémore-t-il. Parmi ces autres souvenirs de l'époque, Jacques raconte que "tout le monde avait sorti son drapeau. Moi je voulais avoir un drapeau américain donc je me souviens qu'avec ma mère nous étions allés chercher du tissu pour faire des drapeaux".

De Gaulle et Staline furieux

Mais à Paris, de Gaulle est en colère car la France a signé cette capitulation, mais en tant que témoins seulement. Jean-Pierre Husson, historien spécialiste de la Seconde Guerre mondiale, précise: "L'acte de capitulation de Reims est un acte purement militaire dont la France a été totalement à l'écart. Et le général de Gaulle en a été fortement blessé. Cela explique pourquoi le général de Gaulle, lui-même, a contribué à mettre cette date du 7 mai 1945 sous boisseau".

A Moscou aussi Staline fulmine: "Il a été très déçu que la capitulation se passe en zone ouest. Il était furieux. Il a donc exigé qu'une seconde cérémonie ait lieu le 8 mai, à Berlin, au cœur du Reich détruit, conquis par l'Armée rouge quelques jours auparavant", enseigne Marc Bouxin. Le 8 mai devient ainsi la date officielle de la fin de la Seconde Guerre mondiale sauf en Russie où la paix est célébrée le 9 mai pour une question de décalage horaire.

Maxime Ricard avec Barthélémy Bolo