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"Nous avons entendu une immense explosion": le témoignage d'un interprète afghan de l'armée française présent sur les lieux du double attentat

TÉMOIGNAGE RMC - Un interprète afghan de l'armée française raconte la double explosion qui a touché l'aéroport de Kaboul jeudi, empêchant de nouvelles évacuations de civils afghans.

Plusieurs anciens auxiliaires afghans de l'armée française, que le gouvernement s'est engagé à exfiltrer du pays, se trouvaient sur place lors de la double explosion qui a touché l'aéroport de Kaboul jeudi, tuant de nombreux civils afghans ainsi que des militaires américains.

Un interprète afghan de l'armée française qui devait être évacué hier par avion avec sa famille a dû faire demi-tour dans l'après-midi après les deux explosions:

"Nous étions dans des bus à l'entrée de l'aéroport et nous attendions depuis 10 h du matin quand dans l'après-midi nous avons entendu une immense explosion. Ensuite, nous avons entendu une deuxième explosion à l'endroit où nous étions. En rentrant chez nous, nous avons reçu un mail de nos avocats nous disant qu'il n'y aurait plus d'évacuation de la journée", assure-t-il à RMC.
Au moins 72 civils ont été tués dans les attaques près de l'aéroport de Kaboul
Au moins 72 civils ont été tués dans les attaques près de l'aéroport de Kaboul © RMC

"Ils n'ont plus d'espoir d'être évacués par avion"

Père de trois enfants, il craint les représailles des talibans: "Quand nous étions avec nos familles dans le bus, nous avons remarqué que les talibans nous filmaient. Sur le coup, nous nous sommes dits que ce n'était pas grave parce que nous étions en train de quitter le pays mais j'ai très peur maintenant".

Ahmad, également interprète, a réussi a être évacué à Dehli en Inde. Mais sa femme et ses quatre enfants encore à Kaboul, devaient recevoir leur visa hier. Ils sont depuis sans nouvelle: "Il n'y aucune confirmation, aucune garantie. C'est la dernière chance sinon c'est terminé, c'est fini".

Certains cherchent déjà d'autre solutions que l'exfiltration par la France explique Abdel Abdul Raziq président de l'Association des anciens auxiliaires afghans de l'armée française: "Ils n'ont plus d'espoir d'être évacués par avion. Certains veulent fuir du pays vers les pays limitrophes comme le Pakistan ou le Tadjikistan". Une alternative qui peut s'avérer très dangereuse car les frontières sont surveillées de près par les talibans.

Hier soir dans un communiqué, Emmanuel Macron a réaffirmé sa volonté de terminer les opérations d'évacuation: "La France les mènera à leur terme et maintiendra dans la durée l'action humanitaire et de protection des Afghans menacés". Près de 100.000 personnes ont pu être évacuées depuis la mise en place du pont aérien le 14 août.

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Alexandra Sirgant (avec Guillaume Dussourt)