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Ocean Viking: Patrick Stefanini dénonce un "fiasco judiciaire ahurissant"

L'affaire de l'accueil du navire humanitaire "Ocean Viking" illustre selon l'opposition les limites de la France en matière de contrôle de l'immigration. Patrick Stefanini, ancien secrétaire général du ministère de l’Immigration, tacle le travail de la justice sur ce dossier, dans "Apolline Matin" ce lundi sur RMC.

Le contrôle de l'immigration échappe-t-il à l'Etat? C'est ce que les oppositions de droite et extrême droite appuient ces derniers jours, prenant exemple de l'affaire du bateau humanitaire Ocean Viking.

Après le refus de l'Italie d'accueillir le navire malgré ses obligations européennes, la France a ouvert le port de Toulon pour recevoir les naufragés secourus par l'ONG SOS Méditerranée. Sur les 234 personnes, 189 rescapés, soit tous les adultes placés dans une "zone d'attente" fermée, et certains mineurs ont fugué. 123 ont été remis en liberté par la justice, faute de pouvoir statuer sur leur cas dans les temps indiqués par la loi.

Marine Le Pen estime que c'est "l'affaire Leonarda" d'Emmanuel Macron, faisant référence à l'affaire de cette refugiée roumaine qui avait fait polémique durant le mandat de François Hollande.

"Pas besoin de sortir de Polytechnique pour comprendre qu'il y allait avoir un problème"

Patrick Stefanini, ancien secrétaire général du ministère de l’Immigration, auteur de Immigration: ces réalités qu’on nous cache, a fait part de sa colère ce lundi sur RMC sur le traitement de l'affaire par les institutions judiciaires.

"C'est un fiasco judiciaire. La première étape de la procédure s'est déroulée normalement, la France disposant d'une législation adaptée. Quand un migrant arrive à la frontière, elle permet de l'empêcher d'entrer sur le territoire, restant dans une zone d'attente internationale. Cette procédure fonctionne tous les jours dans les aéroports. Là, elle avait un caractère exceptionnel vu qu'il y avait plus de 200 migrants. Le ministère de l'Intérieur a fait ce qu'il devait faire. Mais la procédure prévoit qu'au bout de quatre jours, un juge doit autoriser le maintien dans la zone d'attente. Et là, quelque chose d'ahurissant s'est produit. Alors que la procédure était très médiatisée, du côté du juge judiciaire, les moyens n'ont pas été au rendez-vous. Il y avait cinq juges des libertés face à une cinquantaine d'avocats et 200 migrants. Pas besoin de sortir de Polytechnique pour comprendre qu'il y allait avoir un problème", tacle l'ancien directeur de campagne de Valérie Pécresse.

"Notre appareil judiciaire a été complètement débordé"

Il assure que les juges ont refusé d'appliquer un article de loi (le L.342-5, du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile) pour se donner 48h au lieu de 24h pour statuer sur la prolongation du maintien en procédure d'attente.

"Une fois de plus, dans notre pays, on a le sentiment que, quand la police fait bien son travail, cela ne suit pas au niveau judiciaire. Notre appareil judiciaire a été complètement débordé par cet afflux de migrants dans la zone d'attente et le résultat, c'est un échec. L'intérêt de cette procédure de la zone d'attente, c'est justement de permettre de prendre des décisions très rapidement."

Il estime maintenant qu'on "revient à la case départ" et se dit "frappé" par "l'absence totale" du garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti à propos de cette opération.

"C'est comme s'il avait choisi de se planquer", tacle Patrick Stefanini à propos d'Eric Dupond-Moretti.

Parmi les réfugiés adultes, 123 n'ont pas fourni de preuves suffisantes pour étayer leurs demandes d'asile et se sont vus refuser l'entrée en France. 66 autres adultes seront transférés dans onze pays de l'UE, dont l'Allemagne, la Finlande et le Portugal. La Norvège, bien que ne faisant pas partie de l'UE, a indiqué samedi qu'elle en recevrait vingt.

J.A.