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Pourquoi la fin de mandat de Donald Trump s'annonce particulièrement chaotique

Expliquez-nous - Après sa défaite lors de la dernière présidentielle Donald Trump va devoir quitter la Maison Blanche. Des jours qui risquent d'être longs pour un homme désormais isolé.

Dans neuf jours, exactement, Donald Trump devra quitter la Maison Blanche. Et il va vivre une fin de règne chaotique parce qu’il est lâché, isolé et cerné. Ses derniers jours au pouvoir vont ressembler à un naufrage. 

Vendredi, la Maison Blanche a communiqué son agenda indiquant qu’il allait travailler tôt le matin, jusqu’à tard le soir, qu’il passerait de nombreux coups de téléphone et qu’il aurait de nombreuses réunions. Un dernier communiqué mensonger puisque tout le monde sait qu’il n’a plus aucune réunion et qu’il est abandonné par ses ministres et ses collaborateurs. Il a aussi perdu son porte-voix avec la fermeture de son compte Twitter. Ce lien direct qu’il avait avec ses 88 millions d’abonnés et qui lui permettait 10 fois par jour en moyenne de partager ses indignations et ses énervements avec toute l'Amérique. Tout cela est terminé. 

Et ses derniers jours au pouvoir devraient aussi être perturbés par une procédure d’impeachment. Procédure qui sera lancée ce lundi par des élus démocrates qui voudraient le voir jugé pour avoir encouragé la prise d’assaut du capitole la semaine dernière. Le procès devant le congrès n’a aucune chance de pouvoir être organisé dans les neuf jours qui restent. Mais la procédure pourrait commencer et se poursuivre après la passation de pouvoir. En cas de condamnation, Donald Trump pourrait ne pas avoir le droit de se représenter en 2024. Tout cela est très hypothétique. Et Joe Biden le futur président n’y est pas du tout favorable. Il souhaite aller de l’avant et ne pas encombrer le programme du sénat. 

Une auto-grâce présidentielle?

Autre hypothèse, Donald Trump pourrait être démis de ses fonctions. La constitution le permet, c’est le 25e amendement, section quatre. Si le vice-président et la majorité du gouvernement estiment que le président n’est plus en état de présider, ils le font savoir au congrès, et le vice-président le remplace immédiatement. Cela peut donc aller très vite. Sauf que le vice-président Mike Pence n’a pas l’intention de le faire. Il ne sera pas Brutus qui poignarde César. D’autant qu’il passe déjà pour un traître après avoir refusé de ne pas valider l'élection de Joe Biden la semaine dernière. Il n’y a donc pratiquement aucune chance que Donald Trump soit chassé de la maison blanche par une procédure d’impeachment ou de destitution.

En revanche, on sait qu’il n’assistera pas à la prestation de serment de son successeur. C’est lui qui l’a dit dans un tweet. Son dernier tweet avant la fermeture de son compte. Il sera le premier président depuis 150 ans à ne pas honorer cette cérémonie. La presse américaine a avancé deux hypothèses sur ce qu’il pourrait faire ce jour-là. Soit quitter Washington la veille, le 19 décembre et se réfugier dans son domaine de luxe de Mara Largo en Floride. Soit tenir un dernier meeting-testament à Washington pour bien montrer qu'il n'abandonne pas la politique. 

D’ici là, il pourrait prononcer une grâce présidentielle pour lui-même. Cela ne s’est jamais fait mais ce n’est pas interdit, ou en tout cas il y a débat entre les juristes. Cette grâce lui permettrait d'échapper aux poursuites pour des crimes fédéraux. Par exemple à des poursuites pour appel à la sédition, lorsqu’il a demandé à ses partisans de marcher sur le capitole la semaine dernière. Il pourrait aussi échapper à un possible procès pour obstruction à la justice dans le cadre de l'enquête russe. 

Mais cet auto-pardon ne le protégerait pas des poursuites à l'échelon des Etats. Par exemple des poursuites lancées à New York et ailleurs pour viol, agression sexuelle, fraude fiscale ou achat d’un faux témoignage. Donald Trump en a vu d'autres. En 50 ans, il a connu 4000 procès. Mais cette fois, il sait qu’il va devoir consacrer beaucoup de temps et d’argent à sa défense dans toutes ces affaires. Il y a des procureurs qui se tiennent près et qui enverront leur lettre de convocation dès le 20 janvier à 12h01. L’avenir de Donald Trump est en fait assez sombre. 

Nicolas Poincaré