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Pourquoi la visite d'Emmanuel Macron au Rwanda et son discours au mémorial du génocide étaient très attendus

Emmanuel Macron se rendait au Rwanda ce jeudi pour s'exprimer sur le rôle de la France lors du génocide en 1994.

Emmanuel Macron était en visite au Rwanda ce jeudi où il s'est rendu au mémorial de Kigali, la capitale, pour s’adresser aux rescapés du génocide de 1994. Un discours très attendu.

Très attendu tout d’abord parce que l’on touche à ce qu’il y a de plus grave. À un “génocide”, crime imprescriptible. Au printemps 1994, un million de Tutsis sont tués par leurs voisins Hutus, entraînés par l'armée et les milices. Un génocide en trois mois seulement dans un pays qui faisait alors partie de la zone d'influence de la France.

Au Rwanda, Emmanuel Macron arrive en tant que Président d'un pays qui vient de reconnaître à travers une commission d'historiens qu'il avait fait preuve d'un aveuglement coupable. Un pays, dit le rapport, qui n’est pas complice du génocide mais qui a des responsabilités lourdes et accablantes. C'est avec ce poids sur les épaules que le Président français va devoir trouver les mots justes. 

Un pardon?

"Pardon", c’est le mot que l’on va guetter. Va-t-il oui ou non présenter les excuses de la France? Dans une interview au magazine Zadig mercredi, Emmanuel Macron explique sa position en quelques mots. Il ne veut ni "déni", ni "repentance", mais la "reconnaissance". 

Ce qui veut dire qu’il pourrait aller assez loin pour reconnaître les fautes et les aveuglements français sans pour autant demander "pardon" au nom de la France. Mais à vrai dire, on ne connaît pas ses intentions à quelques heures du discours. 

Mais d'autres pays ont déjà présenté leurs excuses. À vrai dire à peu près tout le monde, sauf la France. L’ONU s’est excusé pour son inaction. Bill Clinton a présenté les excuses des Etats-Unis pour n’avoir rien fait pendant les trois mois du génocide. La Belgique, l'ancien colon, est allée très loin. Le pays a solennellement reconnu ses fautes. Notamment celle d'avoir retiré ses casques bleus dès le début des massacres.

Et finalement, le 7 avril 2000, six ans après le génocide, le premier ministre belge de l’époque Guy Verhostadt s’était rendu à Kigali et dans un stade bondé, devant des milliers de rescapés, a eu ces mots: "Au nom de mon pays, je m’incline devant les victimes, au nom du peuple belge, je vous demande pardon". À l’époque cette “repentance” avait fait l’unanimité en Belgique. Et au Rwanda aussi bien sûr.

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Les excuses de l'église catholique

Au Rwanda, l'un des pays les plus catholiques du monde, l'Eglise n'a rien fait pour empêcher les massacres. Au contraire des prêtres, des paroissiens, des sœurs ont participé aux tueries qui avaient souvent lieu dans les églises. Des catholiques tuaient d’autres catholiques à la machette et à tour de bras.

En juin 1994, le père Etienne, en chaire dans la cathédrale de Butaré, au sud du pays, appelait les fidèles à poursuivre les massacres et surtout à ne pas commettre l’erreur d'épargner les enfants, raconte Nicolas Poincaré.

L'Eglise Rwandaise du bout des lèvres a ensuite présenté des excuses pour ces "comportements individuels". Et puis finalement, plus de 20 après, le pape François a dit "non", ce n’était pas des erreurs individuelles. "C’étaient les fautes de l'église et cela nous a défiguré". Et le pape a imploré le pardon de Dieu. 

En résumé, le secrétaire général de l’ONU Kofi Annan a demandé pardon en son nom et au nom des Nations unies. Le président américain au nom des Etats-Unis. Le premier ministre Belge au nom de son peuple et le Pape a imploré le pardon de Dieu. Il n’y a finalement que les présidents Français qui n’ont jamais prononcé ce mot de pardon. Jusqu'à présent. 

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Un discours dans un lieu particulier

Ce jeudi, Emmanuel Macron doit s'exprimer depuis le mémorial du génocide à Kigali, la capitale. Les restes de 250.000 victimes y sont enterrés. Hommes, femmes, enfants, vieillards, sont représentés par des milliers de photos, et par des objets comme des jouets d’enfants. 

Il y a au Rwanda six autres lieux de mémoire, à Nyamata, à Ntarama, Bisesero, où des dizaines de milliers de crânes sont exposés. Il y a des églises laissées en état, avec les vêtements ensanglantés et les machettes des tueurs. C’est un pays où il est impossible d’oublier. 27 ans après...

Nicolas Poincaré