RMC

Pourquoi le voyage du pape François en Irak est historique à plus d'un titre

EXPLIQUEZ-NOUS - Le pape François se rend vendredi en Irak pour une visite de trois jours. Voici pourquoi c'est événement.

C’est le premier voyage du pape depuis le début de la crise du Covid-19 il y a plus d’un an. C’est la première visite d’un pape en Irak. C’est une visite dangereuse, dans un pays déchiré par 18 ans de guerre. Mercredi encore une dizaine de roquettes ont été tirées sur base américaine et le Pape a aussitôt précisé qu’il maintenait son voyage.

C'est une visite historique aussi parce que le Pape va se rendre sur de hauts lieux de l’histoire de l’humanité. Par exemple la visite qui lui tient le plus à cœur, c’est celle qu’il fera samedi sur les ruines de la ville d’Ur au sud du pays. Une ville qui remonte à 6.000 ans avant J.-C., bien plus ancienne que Rome.

Et c’est la ville d’origine d’Abraham, qui y est né il y a environ 4.000 ans. Abraham, le patriarche des chrétiens, des juifs et des musulmans. C’est Ibrahim dans le Coran. Il est l'ancêtre des juifs et des arabes. En visitant les ruines de sa ville natale, le Pape va rappeler que tous les croyants ont la même origine. Une origine qui se trouve là. En Mésopotamie.

Le Pape rêvait depuis toujours de ce voyage

Et pas très loin de la ville d’Ur, au confluent du Tigre et de l'Euphrate, on trouve un verger, avec des pommiers. J’y suis allé. Les habitants vous disent que c’est là que vivaient Adam et Eve, lorsqu’ils ont mangé la pomme interdite. On est donc sur les lieux de l’origine de l’humanité, si l’on en croit le récit biblique.

Au cours de sa visite le Pape ira aussi a Qaraqosh, c’est au nord, à l’autre bout du pays. Une cité antique mais qui est aujourd’hui habitée par une majorité de chrétiens et on y parle arabe et araméen. C’est la langue de Jésus. Le Pape va aussi partager une prière avec des Yézidis et des Sabéens. Ce sont des religions plus anciennes que le Christianisme et l’Islam. Ils font partie des populations les plus anciennes de la Mésopotamie, où leur croyance est apparue il y a plus de 4000 ans. Voilà pour la partie pèlerinage, sur les traces les plus anciennes des religions. Le Pape rêvait depuis toujours de ce voyage. 

Voyage dans le temps

Mais ce n’est pas qu’un voyage dans le passé. Le Pape vient aussi à la rencontre des chrétiens d’Irak. Du moins, de ceux qui restent. Presque 90% des chrétiens ont fui l’Irak depuis le chaos qui a suivi l'intervention américaine et la chute de Saddam Hussein. Ils étaient environ 1,5 million, ils ne seraient plus que 150.000. Victimes de persécution et de menaces permanentes de la part de groupes islamistes. 

Dès demain le Pape célébrera une messe dans la cathédrale Notre-Dame-du-perpétuel-secours à Bagdad. Une cathédrale où il y a dix ans avait eu lieu une sanglante prise d’otage. 66 fidèles et deux prêtres avaient été assassinés dans l'église.

Quelques années avant j’avais fait un reportage dans cette communauté parce qu’une sœur avait été assassinée. Les meurtriers avaient été arrêtés mais ensuite graciés. Les paroissiens de Notre-Dame-du-perpétuel-secours étaient effondrés et désespérés. Déjà à l'époque, ils disaient que les chrétiens n’avaient plus aucun avenir en Irak. Aujourd'hui ils sont de moins en moins nombreux. Les derniers catholiques arabes de Bagdad, le pape vient tenter de les réconforter.

Un geste envers la communauté Chiite

Pour le dernier volet de cette visite, le Pape François vient tendre la main aux musulmans Chiites. Des célébrations sont prévues avec les Sunnites et les Chiites, les deux grandes communautés musulmanes du pays, mais c’est effectivement envers les Chiites que le pape fera un geste. Il se rendra à Najaf au sud de Bagdad. C’est là que se trouve le mausolée d'Ali, le gendre du prophète Mohamed.

Autour de ce lieu saint, et même à l’intérieur du mausolée, une terrible bataille avait opposé en 2004 les Américains aux milices chiites. Ça s'était terminé au corps à corps. 

C’est encore une fois, un lieu marqué par l’histoire et plus récemment par la guerre que le pape va visiter. Il aura un entretien avec le plus haut dignitaire chiite du pays. L'Ayatollah Al-Sistani. Un vieux leader très respecté de 90 ans, que le pape, 84 ans, ira saluer chez lui.

Aucun grand rassemblement n’est prévu pendant ces trois jours à cause de l'épidémie, mais donc une série d’images très fortes et de rencontres avec des gens qui ont beaucoup souffert.

Nicolas Poincaré (avec J.A.)