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Probable retrait des forces françaises au Mali: pourquoi on est passé de l'espoir au fiasco

Emmanuel Macron réunit ce mercredi soir à l’Elysée les partenaires de la France au Sahel. Une réunion qui devrait acter le retrait de la France du Mali.

La France proche d'un départ du Mali. La décision sera prise ce mercredi soir et annoncée rapidement après. Une décision qui ne fait guère de doute: ce devrait bien être un retrait total. La France et ses alliés européens vont donc quitter le Mali, la fin d’une opération qui aura duré 9 ans, qui aura coûté la vie à 53 soldats français, et qui se solde par un échec.

Rien ne va plus entre Paris et Bamako, avec un divorce qui s’est fait en plusieurs étapes. C’est d’abord la France qui a voulu se retirer. En juin 2021, Emmanuel Macron a annoncé la fin de l'opération Barkhane et un désengagement progressif.

Il était question de passer de 5.000 à 2.500 militaires sur place. Sauf que les autorités maliennes ont prétendu se sentir abandonnées et ont saisi le prétexte pour faire appel à la Russie. Un millier de soldats de la société de sécurité russe Wagner ont débarqué au Mali. Et il était inacceptable pour les Français de devoir cohabiter avec ces mercenaires sans foi ni loi.

Les choses se sont ensuite accélérées. Le gouvernement malien a expulsé des soldats danois qui venaient d’arriver pour nous épauler. Puis c’est l’ambassadeur de France qui a été renvoyé, et à travers lui, c’est bien la France qui était mise à la porte. Le maintien de la présence militaire française était devenue impossible dans ce pays.

Quand François Hollande était acclamé à Tombouctou

Que restera -t-il de cette intervention? Il restera le souvenir des succès des premiers temps. En 2013, le Mali avait appelé la France à l’aide parce que deux colonnes djihadistes faisaient route vers la capitale. La France avait répondu à cet appel dans la minute et l'armée française était intervenue extraordinairement rapidement. Elle avait bloqué cette colonne puis libéré les grandes villes du désert qui étaient occupées par des groupes islamistes radicaux. François Hollande s’était rendu à Tombouctou. Il avait été acclamé et avait parlé du plus beau jour de sa vie.

Seulement, le plus dur était à venir. Il s’agissait de contrôler un territoire grand comme l'Europe. Une guerre ingagnable. Les Français ont connu des succès. Ils ont éliminé les principaux chefs des deux grands groupes terroristes, Al Qaïda et l’Etat islamique. Mais ces chefs ont été remplacés. Les jihadistes ont gagné du terrain. Ils ont commis des massacres et les opinions publiques se sont retournées. Les Français arrivés en libérateurs sont devenus progressivement des occupants. Un peu comme les Américains en Afghanistan.

Emmanuel Macron avait un projet très ambitieux: rassembler au Mali l’élite des armées européennes

Les Américains avaient essayé pendant 20 ans de former l'armée afghane et ça n'a pas marché. Les Français ont fait pareil au Mali pendant 9 ans en essayant de former l'armée malienne. Et ça n'a pas marché non plus. Autre point commun, les Américains en Afghanistan ont espéré pendant des années partager le fardeau avec leurs alliés de l’Otan, mais à la fin ils se sont retrouvés seuls. Pareil ou presque pour la France au Mali. 

Emmanuel Macron avait un projet très ambitieux: rassembler au Mali l’élite de toutes les armées européennes. La force Takuba, composée uniquement des forces spéciales. Une sorte de laboratoire de ce que pourrait être une future armée européenne de choc. Sauf que les Européens ont presque tous trainé des pieds, à part les Tchèques, les Norvégiens ou les Estoniens qui ont envoyé quelques centaines de d’hommes. Loin des 2.000 soldats d’élites qui étaient attendus. La France n’a pas réussi à créer une large coalition autour d’elle.

Que va-t-il se passer maintenant? C’est ce qui va être discuté ce mercredi soir à l’Elysée. Les forces françaises devraient se replier dans des pays voisins moins hostiles à la France, comme le Niger et le Tchad. Et de là, continuer à mener des opérations anti-terroristes lorsque les pays de la région nous le demanderont. Quant au gouvernement malien, gouvernement de colonel putschistes, il va compter sur les mercenaires russes pour assurer sa sécurité.

Nicolas Poincaré (édité par J.A.)