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Refugié afghan interpellé et condamné à 10 mois de prison avec sursis: les confidences d'Ahmat face au juge

RMC a pu assister à la comparution immédiate de cet Afghan de 30 ans.

La voix calme, un peu éraillée, il se justifie en persan à son traducteur. L'Afghan placé en garde à vue lundi peu après son arrivée de Kaboul a été condamné à dix mois d'emprisonnement avec sursis pour être sorti de la zone de surveillance qui lui avait été imposée par le ministère de l'Intérieur. 

A son arrivée de Kaboul dans la nuit de samedi à dimanche, Ahmat M., s'était vu notifier avec quatre autres Afghans une "mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance" (Micas), prévue dans le cadre des lois antiterroristes. Selon le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal, il fait partie de l'entourage d'un Afghan qui "aurait eu un lien avec des talibans", ce lien restant "à définir". 

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"Besoin d'acheter des médicaments"

Logé avec sa femme, sa petite fille de 3 mois et plusieurs autres membres de sa famille dans un hôtel de Noisy-le-Grand, Ahmat M. avait pour interdiction de sortir de cette commune à l'Est de Paris. Il a toutefois été interpellé lundi en fin d'après-midi dans une épicerie du XVIIIe arrondissement de Paris, où il aurait été repéré car il ne portait pas de masque.

S'il s'est retrouvé à Paris, c'est parce qu'il avait "mal à la tête et le besoin d'acheter des médicaments" a-t-il indiqué. Déboussolé, il ne se serait pas rendu compte qu'il quittait Noisy-le-Grand. 

Dans des propos parfois confus, il a ainsi raconté avoir suivi un homme vivant dans le même hôtel qui lui aurait proposé de lui acheter ces médicaments, sans comprendre qu'il se rendait à Paris. Interrogé par les enquêteurs, cet homme a pour sa part dit qu'Ahmat M. lui avait demandé de l'accompagner à Paris pour acheter des cartes SIM.

"J'étais procureur pendant 5 ans"

Ahmat M. a par ailleurs laissé entendre qu'il n'avait pas compris faire l'objet d'une mesure de surveillance, affirmant qu'il était absent lorsque le commissaire était venu avec un traducteur lui notifier cette dernière et que c'était sa femme qui avait signé le document, un argument qui n'a pas convaincu le tribunal.

Questionné sur sa vie en Afghanistan, son regard se perd dans la salle d'audience. De son visage rond, on devine un collier de barbe coupé court sous son masque. Il répond: "J'étais procureur pendant 5 ans, mon père était officier de police". Pour lui, sa proximité avec les Talibans est donc impossible.

Né en 1991, A 30 ans, il réussi à quitter Kaboul il y a 5 jours avec sa femme, sa fille et un de ses frères. "Ce n'est pas le dossier d'un taliban en France livré à lui-même, c'est le dossier d'un homme qui a fui son pays avec sa femme et sa fille de trois mois" et qui a été arrêté pour être "allé au supermarché", a plaidé son avocate, Me Alice Ouaknine.

Questionné sur ce qu'il compte faire en France, Ahmat indique vouloir poursuivre des études de droits français. A l'audience, il conclut: "Je m'excuse. J'ai honte d'avoir enfreint les lois du pays qui m'a accueilli".

La représentante du ministère public avait requis une peine "ferme et dissuasive" de 12 mois de prison, dont six mois avec sursis.

Maxime Levy avec XA