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Un évêque sommé de transmettre le dossier d'un prêtre pédophile à une de ses victimes

La victime veut montrer que la hiérarchie du prêtre dans l'Église était au courant des agissements du prêtre Hutin et qu'elle a protégé celui-ci.

La justice a ordonné mardi à un évêque de communiquer le dossier religieux d'un prêtre condamné pour pédophilie à une victime qui le réclamait. Cette décision, inédite, du tribunal de Bourg en Bresse, intervient dans le cadre d'une action engagée au civil par la victime contre l'Église. Jean-Yves Schmitt, 67 ans, reconnu victime d'agressions sexuelles par la justice en 2015, accuse le Vatican d'avoir exfiltré l'homme de foi en Suisse une fois ses agissements pédophiles connus.

Jusque-là, l'église refusait de transmettre le dossier religieux du prêtre Felix Hutin, 86 ans aujourd'hui, sous couvert de secret professionnel et de respect de la vie privée. 

Soutenu par d'autres victimes

Des arguments balayés par le tribunal de Bourg en Bresse au regard du seul droit à la preuve. Car l'enjeu pour Jean-Yves Schmitt, victime d'agressions sexuelles dans l'enfance, est de montrer que la hiérarchie ecclésiale savait et qu'elle a protégé le prêtre Hutin, jusqu’à l'exfiltrer en Suisse dans les années 70. 

L'avocat de Jean-Yves Shmitt s’est félicité d'une décision en faveur de la transparence.

"Ça permet de démontrer que la hiérarchie ecclésiastique a participé de manière très organisée à la dissimulation d’informations et à la protection de prêtres qui étaient impliqués. Les victimes des prêtres pédophiles savent qu’ils peuvent aujourd’hui aller chercher le dossier du prêtre corrompu sans aucune limite et qu’ils ont droit d’accès, que les évêques ne plus opposer quelques secrets que ce soit. On est aujourd’hui dans une phase de transparence totale, de vérité. Et il n’y a plus possibilité de se dissimuler", réagit Emmanuel Ludot, l’avocat de la victime.

Depuis mardi, Maître Emmanuel Ludot a déjà été sollicité par cinq autres victimes présumées de ce prêtre. Les faits sont prescrits au pénal, mais pas au civil. Elles peuvent donc encore se retourner contre leur agresseur pour obtenir un dédommagement. Et peut-être rejoindre Jean-Yves Schmitt dans son action contre le Vatican. 

Marion Dubreuil avec Guillaume Descours