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Interventions payantes des pompiers: "Un risque que des personnes à faibles revenus n'osent pas appeler"

Dans le Calvados, la décision de facturer aux usagers, à partir du 1er avril, certaines interventions des sapeurs-pompiers est à l'origine d'une polémique entre majorité et opposition départementales. Une décision critiquée ce lundi sur RMC par Eric Faure, président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers.

Le 21 mars, le conseil d'administration du Service départemental d'incendie et de secours (SDIS), présidé par le président (UDI) du Calvados, Jean-Léonce Dupont, a décidé d'assortir d'une contribution forfaitaire certaines interventions du SDIS. Concrètement, à partir du 1er avril, dans ce département, certaines missions des pompiers seront tarifées.

Désormais, il en coûtera 463 euros pour un déblocage d'ascenseur ou pour une "levée de doute alarme incendie", 410 euros pour un "appel abusif avec engagement", 241 euros pour une personne en état d'ébriété ou pour un "relevage à domicile sans transport", à la suite d'un malaise par exemple, ou encore pour un transport d'un malade à domicile. Alors que cette décision a engendré une vive polémique, elle a été critiquée ce lundi sur RMC par Eric Faure, président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers.

"Les personnes sont en difficulté, souffrent"

"Le principe en matière de secours pour les sapeurs-pompiers, c'est la gratuité, rappelle-t-il. Mais la plupart des SDIS en France facturent déjà certaines prestations. Il s'agit essentiellement d'interventions dites de confort, lorsqu'il y a un usage du service public pour des missions non urgentes et qui vont au-delà de la prestation de secours".

Et de préciser: "On va beaucoup plus loin que les missions habituellement facturées. Par exemple, si quelqu'un appelle pour une personne en état d'ébriété sur la voie publique ce n'est pas en raison du bruit, sinon c'est la police qui serait appelée, mais parce qu'une personne a des difficultés de santé. Il s'agit donc d'interventions qui vont au-delà du confort parce que les personnes sont en difficulté, souffrent".

"La population ne va pas agir mais attendre"

Eric Faure prend un autre exemple: le relevage à domicile sans transport. "En clair, cela veut dire que si une personne âgée tombe chez elle et qu'elle appelle les pompiers, l'intervention lui sera facturée si elle n'est pas transportée à l'hôpital. Ce qui est le plus incroyable, c'est que, dans le Calvados, ce sont les sapeurs-pompiers qui reçoivent les appels qui émanent du dispositif de télé-alarme. C'est-à-dire que si une personne tombe et qu'elle utilise son dispositif de secours, elle tombe sur le standard des sapeurs-pompiers. C'est donc incroyable parce qu'on lui dit: 'Vous payez chaque moi la télé-alarme pour vous rassurez, mais attention si vous l'utilisez, vous allez payer!"

"C'est donc une double peine avec le risque que des personnes à faibles revenus n'osent pas appeler immédiatement, vont essayer de s'en sortir elles-mêmes et sans doute aggraver leur situation, dénonce le président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers. Et c'est là qu'il y a vraiment un problème car à force d'augmenter ce type d'interventions, à des tarifs prohibitifs, la population ne va pas agir mais plutôt attendre".

Pour Eric Faure, la décision du SDIS du Calvados "traduit une situation où, au prétexte de faire des économies, on veut aller beaucoup plus loin". Et "d'insister sur une chose: la facturation est utile pour sanctionner l'usage abusif des services publics et notamment les sapeurs-pompiers. L'enjeu n'est donc pas de facturer mais de sensibiliser les populations pour être en mesure d'appeler à bon escient les sapeurs-pompiers".