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"J’ai l’impression qu’on tue mon frère une deuxième fois": la détresse des familles de victimes du Rio-Paris après le non-lieu prononcé

Les juges d'instruction chargés de l'enquête sur le vol Rio-Paris ont ordonné ce jeudi un non-lieu général pour Airbus et Air France.

Dix ans après le crash du Rio-Paris, qui avait fait 228 morts, la justice a prononcé le non-lieu général pour Airbus et Air France. Les juges d'instruction chargés de l'enquête sur cet accident n'ont pas suivi les réquisitions du parquet qui avait réclamé en juillet un procès pour Air France. Le parquet de Paris a annoncé ce vendredi faire appel de cette décision.

Les investigations menées "n'ont pas conduit à caractériser un manquement fautif d'Airbus ou d'Air France en lien avec les fautes de pilotage à l'origine de l'accident". Concrètement, cela signifie que les seuls fautifs sont les pilotes de l'avion, eux-mêmes morts dans l'accident. Du côté des victimes, c'est la consternation. 

Des centaines d'heure d'enquête, des milliers de pages de rapports et au final cet abandon des poursuites. Ophélie Toulliou, qui a perdu son frère Nicolas, ne décolère pas.

"J’ai l’impression qu’on tue mon frère une deuxième fois. Ça veut dire qu’on est dans un déni total, qu’on essaye de remettre des responsabilités sur des pauvres pilotes qui ont juste fait leur boulot et ça, c’est un scandale", dénonce-t-elle. 

Un appel en préparation

Son frère avait 27 ans au moment du crash de l’avion. Dix ans après, impossible de faire son deuil sans procès. "On était complice dans nos vies d’adultes et cette complicité a été interrompue. Je ne pourrais plus l’avoir avec qui que ce soit et quelque part, je suis devenu orpheline ce jour-là", affirme-t-elle. 

Une colère partagée par Robert Soulas. Il a perdu sa fille Caroline dans le crash de l'avion. "C’est une décision scandaleuse et inique. J’espère que le parquet fera lui aussi appel comme toutes les autres parties civiles. Il avait émis des propositions dans le sens d’un procès pour Air-France, ce qui me convenait très bien", a-t-il confié à Jean-Jacques Bourdin en direct sur RMC.

Pourquoi ce non-lieu? Quelles sont les réelles motivations? Sébastien Busy, avocat de familles de victimes s'interroge.

"Je n’ose pas imaginer qu’elle soit le fruit d’un certain nombre de pressions qu’elles soient de tout genre, politique, économique. Je ne peux pas le démontrer, mais je n’explique pas une telle décision alors que les éléments montrent à mon sens, qu’il y a des fautes de la part d’Air-France et des fautes de la part d’Airbus", indique-t-il. 
Cyprien Pézeril avec Guillaume Descours