RMC

"L'IVG est arrivé deux ans trop tard pour moi", le témoignage de Charles, enfant issu d'un viol

-

- - AFP

Il y a 40 ans jour pour jour, débutait les discussions à l'Assemblée pour le droit à l'IVG. Ce matin dans Bourdin Direct, Charles, 42 ans, a tenu à apporter son témoignage. Il ne conçoit pas que l'on puisse être contre l'avortement. Issu d'un viol, il estime que si sa mère avait pu se faire avorter, "ça aurait pu éviter de gâcher deux vies".

C'est un témoignage poignant qu'a livré Charles ce mercredi matin dans Bourdin Direct. Charles a 42 ans. "Je suis né suite au viol de ma maman, raconte-t-il. A cette époque-là, en 1972, ce n'était pas encore légalisé, elle n'a pas pu se faire avorter. Et tout a été fait pour l'en empêcher".

Charles a appris la vérité sur sa naissance il y a dix ans, alors qu'il commençait à fonder une famille: "On en a parlé une seule fois grâce à ma compagne actuelle qui, à la fin d'un repas de Noël, a fait en sorte que je reste seule avec ma mère. Elle m'a raconté son histoire, elle m'a dit qu'elle connaissait (ses violeurs), qu'elle n'avait pas pu porter plainte. C'était à l'époque des fils de bonne famille, des gens qui ont pignon sur rue, qui sont certainement pères de famille aujourd'hui".

Une révélation qui a mis en perspective son enfance et ses relations avec sa mère: "Quand je l'ai appris, j'ai mieux compris, je me suis dit 'quel courage elle a eu ma mère de me voir tous les jours, de s'occuper de moi plus ou moins bien'. Parce qu'à chaque fois qu'elle me voit, elle voit ses agresseurs".

"Qu'ils se mettent à la place d'une femme qui a été violée"

Charles ne conçoit pas aujourd'hui que l'on puisse être contre l'IVG: "J'aimerais que tous les gens qui sont contre l'avortement se mettent à la place d'une femme qui a été violée qui doit mettre au monde un enfant et s'en occuper. Je voudrais qu'ils se mettent à la place de l'enfant qui se demande pourquoi il n'a pas de papa, pourquoi sa maman n'est pas aussi maternelle que les autres mamans. Qu'ils essaient d'imaginer apprendre la vérité des années après. Finalement si elle avait pu se faire avorter, ça aurait pu éviter de gâcher deux vies. L'avortement est arrivé deux ans trop tard pour moi".

Aujourd'hui, le poids de sa naissance affecte encore Charles: "Ça vous bouffe aussi vos autres relations. Je suis un papa qui aime ses gamins mais je ne le montre pas. Inconsciemment j'ai cette culpabilité de me dire que je ne serai pas un bon père parce que je ne suis pas né de l'amour".

VOTEZ - L'Assemblée a-t-elle raison de réaffirmer le droit à l'IVG ?