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Le bilan logement très contrasté d’Emmanuel Macron

Quel bilan en matière de politique du logement pour Emmanuel Macron ? A l'occasion de la remise du rapport de la fondation Abbé Pierre sur le mal logement, le président a pris la parole cette semaine pour essayer de défendre ce bilan.

Exercice très compliqué pour le président de la République, cette semaine. Défendre son programme en terme d’immobilier quand la première réforme qui aura marqué son mandat concerne les APL. Force est de constater que jamais depuis la création des Aides Personnelles au Logement, la dépense publique en la matière n'aura autant baissé. 15 milliards d'euros d'économies sur l'ensemble du mandat, qui ne sont pas liées qu'à une seule mesure, mais celle qui revient forcément en tête c'est la baisse de 5 euros, prise au début du mandat. Une baisse qui avait fait largement polémique et qu’Emmanuel Macron avait de suite regretté.

Dans ce cas, le Président de la République est assez constant puisqu'il a répété la semaine dernière qu'il aurait totalement pu se passer de cette mesure ajoutant que non seulement ça n'avait pas servi à grand-chose mais qu'en plus ça représentait très peu d'économies. Pourtant, la baisse de cinq euros c'est 400 millions d'euros d'économies par an, soit deux milliards d’euros sur un quinquennat. Ce n'est complétement neutre, ni pour les finances publiques, ni pour les bénéficiaires. Puis reconnaître ses erreurs, c'est bien, les corriger, c'est mieux. Pourtant, cette décision prise en début de mandat, le gouvernement n'est JAMAIS revenu dessus pour autant...

La RLS comme principal levier d’économies

Traditionnellement tous les ans, les aides au logement augmentent du même niveau que l'inflation, sauf que le gouvernement les a gelés ou partiellement gelés plusieurs années. Une mesure qui a fait aussi plusieurs centaines de millions d'euros d'économies. La suppression de l'APL accession, une aide à l'achat pour les plus modestes, a aussi permis plus de 100 millions par an d'économies. Mais la réforme la plus lourde elle est un peu passé sous les radars médiatiques : elle s'appelle la RLS et touche le parc et a permis à l'État d'économiser 6 milliards d'euros sur les APL.

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Cette réforme est un peu complexe : l'État a décidé de baisser les APL des allocataires du parc social, mais pour que ce soit indolore pour eux, l'État à imposer aux HLM de baisser d'autant les loyers de ces bénéficiaires. Autrement dit ce sont les bailleurs sociaux eux-mêmes qui ont pris à leur charge l'équivalent de 6 milliards d'euros de baisse d'APL sur 5 ans.

Après, si les bénéficiaires n'ont pas senti la différence, ce n’est pas bien grave. Sauf qu’en ponctionnant 6 milliards de trésorerie dans les caisses des HLM, ils ont par conséquent nettement moins construit de nouveaux logements et nettement moins rénové le parc.

La construction de logements, l'autre point noir du bilan d'Emmanuel Macron

Emmanuel Macron considère qu'il n'a pas fait "pire" que son prédécesseur. Force est de constater qu'effectivement au global sous le mandat d'Emmanuel Macron, comme sous celui de François Hollande, on arrive à un peu plus de deux millions de logements autorisés à la construction. Mais alors qu'alors qu'on était monté à 500.000 autorisations en dernière année de mandat de François Hollande, dès l'arrivée d'Emmanuel Macron la courbe a commencé à baisser et très sérieusement. Au moment même d'ailleurs où le gouvernement a promis "un choc de l'offre". Certes entre temps il y a eu la crise sanitaire, les élections municipales qui se traduisent traditionnellement pas une baisse de la construction, mais cette courbe, encore une fois, n'a pas attendu ces évènements pour commencer à flancher dès la fin 2017.

Un bilan pas totalement contestable

Pourtant même la fondation Abbé Pierre reconnait qu'il y a une réforme des APL difficilement critiquable : le changement du mode de calcul des aides au logement avec la prise en compte des revenus en temps réel et non plus ceux d'il y a 2 ans. Des aides qui s'adaptent donc + vite à la situation des bénéficiaires. En l'occurrence, là encore ça se traduit par des économies pour l'Etat, avec près d’un milliard d'euros économisés l'an dernier. Cette réforme a en effet provoqué la baisse du nombre de bénéficiaires de plusieurs centaines de milliers. Mais réjouissons-nous quand même que cela veuille aussi dire que ces ménages ont donc en parallèle vu leurs revenus augmenter.

Marie Coeurderoy (avec MM)