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"Ce quinquennat a laissé tomber une partie de la population" selon la Fondation Abbé Pierre

Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre, a souhaité ce vendredi matin sur RMC que la lutte la pauvreté soit au cœur de la campagne présidentielle, pointant un renforcement des inégalités pendant le quinquennat d’Emmanuel Macron.

La lutte contre la pauvreté et la réduction des inégalités. Ces thèmes devraient être au cœur de la campagne présidentielle selon le délégué général de la Fondation Abbé Pierre, Christophe Robert, alors que 9,2 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté en France (14% de la population). "Il y a beaucoup d’inquiétude chez beaucoup de nos concitoyens, explique-t-il dans ‘Apolline Matin’ ce vendredi sur RMC et RMC Story. Le taux de pauvreté reste très élevé. Ceux qui étaient déjà pauvres s’enfoncent un peu plus."

"Le taux de pauvreté n’a pas forcément augmenté après la pandémie, souligne Christophe Robert. Grâce aux mesures de protection, il n’y a pas eu une explosion du nombre de personnes qui sont sous le seuil de pauvreté. En revanche, les gens en situation de pauvreté s’appauvrissent davantage. Ça, c’est extrêmement inquiétant. Ça veut dire que les inégalités se creusent. En dehors des mesures Covid, ce quinquennat n’a pas contribué à réduire les inégalités. Il les a même plutôt renforcées, pour certaines. Quand on fait le bilan du quinquennat, on s’aperçoit que la plupart de la population a gagné en pouvoir d’achat selon les indicateurs macro-économiques, sauf les 5% les plus pauvres."

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"Les APL ont été malmenées pendant cinq ans"

"A partir du moment où on a plus de 9 millions de pauvres dans un pays comme le nôtre, un pays riche, ça doit être au cœur de la campagne, estime le délégué général de la Fondation Abbé Pierre. Ça ne veut pas dire qu’on laisse tomber le reste. Il me semble que ce quinquennat a creusé une partie des inégalités, a laissé tomber une partie de la population. Je pense à ces jeunes de moins de 25 ans qui n’ont même pas le RSA. Il est temps d’accélérer sur cette question des inégalités, de lutte contre le mal logement et contre la pauvreté."

Pour Christophe Robert, la baisse des APL a été "bien sûr" une erreur du gouvernement. "Les APL ont été malmenées pendant cinq ans et elles réduisent la capacité des ménages à se loger convenablement. Les APL, ça protège les plus fragiles. A un moment où on a baissé les impôts, supprimé la taxe d’habitation et l’ISF, mis le prélèvement forfaitaire unique, le bouclier fiscal, et que l’autre côté, on n’augmente pas le RSA, où on ne l’ouvre pas aux moins de 25 ans, et on réduit les APL, c’est inégalitaire. Ça va être un sujet majeur dont nous allons discuter avec les candidats."

"Il faut rénover toutes les passoires thermiques"

Et l’un des axes de travail pour réduire les inégalités selon la Fondation Abbé Pierre, c’est la rénovation thermique des logements, pour faire baisser la part du chauffage dans les dépenses des ménages. "C’est l’un des enjeux pour les années à venir, indique Christophe Robert. Il faut rénover toutes les passoires thermiques. Il y a 12 millions de précaires énergétiques en France, qui ne se chauffent pas ou qui dépensent trop pour se chauffer. Si vous rénovez ce logement, vous limitez les émissions de gaz à effet de serre, donc vous avez un impact sur la planète, et vous réduisez considérablement les dépenses de chauffage et donc vous redonnez du pouvoir d’achat aux ménages. Donc il faut aller au bout de cette rénovation thermique."

En 2021, l’augmentation du coût du chauffage a d’ailleurs fortement impacté les Français. "Le gaz a augmenté de 50 à 70% depuis le début de l’année. On évalue à, à peu près, 500 euros l’augmentation des coûts liés au chauffage cette année. Les 100 euros (du gouvernement, ndlr), c’est un pansement, explique le délégué général de la Fondation Abbé Pierre. Un pansement utile, mais pas à la mesure de ce que dépensent les ménages. Pour beaucoup, quand on dit que le pouvoir d’achat a augmenté, après avoir honoré toutes les dépenses de loyers, les charges, etc, il ne reste plus grand-chose à la fin du mois. Donc la peur du déclassement, elle est là."

Christophe Robert attend donc des engagements forts de la part des responsables politiques. "On a un pays qui a une protection sociale qui est enviée par beaucoup d’autres pays dans le monde, rappelle-t-il. Il faut lui redonner de la force. Il faut aller combler toutes les limites, tous les trous dans la raquette, de cette protection sociale. Et il faut lutter contre les inégalités. C’est comme ça que la société sera plus en cohésion, qu’on se retrouvera ensemble."

LP