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Les jeunes médecins fuient l'hôpital public ? Marisol Touraine a un plan

Un tiers des praticiens hospitaliers doivent partir à la retraite d'ici cinq ans. (Photo d'illustration).

Un tiers des praticiens hospitaliers doivent partir à la retraite d'ici cinq ans. (Photo d'illustration). - AFP

La ministre de la Santé a présenté lundi un plan de 250 millions d'euros pour attirer les jeunes praticiens vers l'hôpital public, dont les équipes sont vieillissantes. Son arme principale : une prime d'engagement.

Comment éviter la pénurie de médecins à l'hôpital ? La question se pose alors que le service public hospitalier va se vider de ses médecins. Un tiers des praticiens hospitaliers doivent en effet partir à la retraite d'ici cinq ans. Sauf que les jeunes médecins, eux, ne sont pas du tout attirés par l'hôpital public. Des problèmes de recrutement qui peuvent parfois entraîner des fermetures de services temporaires, au détriment des patients, comme cet été à Valognes, dans la Manche.

Alors pour attirer les jeunes médecins vers le public, Marisol Touraine a un argument qu'elle espère de poids : l'argent. La ministre de la santé a dévoilé lundi un plan de 250 millions d'euros d'ici 2019 pour attirer les jeunes praticiens. Parmi les mesures envisagées : une "prime d'engagement", équivalent "à plusieurs mois de salaire" pour les "jeunes qui font le choix de prendre un poste dans un secteur sous-doté comme l'anesthésie-réanimation. Le ministère espère signer 3.000 contrats de ce type d’ici à fin 2018.

"Non, l'hôpital ne paie pas si mal que ça"

Le socialiste Olivier Veran, neurologue au CHU de Grenoble et auteur en 2013 d'un rapport parlementaire intitulé "Hôpital cherche médecin, coûte que coûte", est persuadé que "l'aspect pécunier joue". "Parce que quand vous êtes en début de carrière et que vous regardez les perspectives qui s'offrent à vous – travailler dans le service public hospitalier ou travailler dans le privé ou en libéral – il y a parfois un différentiel (de revenus) qui est important". Olivier Véran estime pourtant que "la carrière d'un praticien hospitalier est intéressante et attractive, y compris en matière de rémunération : vous êtes salarié du public donc vous bénéficiez de bonnes conditions de retraite avec un salaire qui évolue bien. Après, c'est vrai qu'en début de carrière, il y a des efforts qui peuvent être faits pour que l'hôpital puisse mieux recruter".

"Ce n'est pas qu'un problème d'argent"

S'il se félicite de l'instauration de cette prime, Yves Rébufat, président du Syndicat National des Praticiens Hospitaliers Anesthésistes Réanimateurs, estime toutefois que cela ne sera pas suffisant. "Ça va régler peut-être une partie du problème, mais le problème de l'attractivité ce n'est pas que le niveau de rémunération, et cela ne concerne pas seulement les jeunes. Il faut également trouver les moyens de faire en sorte que l'activité de médecins hospitalier en anesthésie réanimation soit quelque chose d'intéressant et d'agréable à vivre. Enfermer les anesthésistes 24 h/24 en bloc opératoire, ce n'est plus supportable aujourd'hui. Une prime c'est bien, mais ce n'est pas suffisant".

"Des conditions de travail extrêmement difficiles"

Réduire toutefois le plan de Marisol Touraine au simple aspect pécunier serait réducteur. La ministre propose également une "accélération de carrière" de deux ans au bout de cinq ans, soit sept ans d'ancienneté au lieu de cinq, mais aussi des aménagements comme un accès aux crèches d'hôpitaux.

Et puisque, comme le souligne Yves Rébufat, "il faut aussi fidéliser les plus anciens qui ont eux aussi ont tendance à quitter l'hôpital", une autre mesure autorise les médecins hospitaliers à prolonger leur activité jusqu'à 70 ans et à cumuler emploi et retraite jusqu'à 72 ans (contre 68 ans aujourd'hui). Mais là, c'est le Docteur Gérald Kierzek, médecin urgentiste à l'Hôtel-Dieu, qui tique. "Ce n'est pas la bonne réponse, juge-t-il sur RMC. Les médecins sont déjà en burn-out à 45 ans, fuient l'hôpital parce qu'on voit bien que les conditions de travail sont extrêmement difficiles et on a des médecins qui ont beaucoup de mal à assumer leur activité. Je vois bien qu'aujourd'hui les collègues urgentistes, anesthésistes, chirurgiens, ont déjà du mal au bout de 15 ans de carrière, alors je n'ose même pas imaginer la prolongation jusqu'à 72 ans. Et on voit bien que cela pose des problèmes de sécurité. Vous imaginez opérer et faire des gardes à 72 ans ?". Pas l'idéal, c'est sûr, mais si ça permet d'éviter une fermeture de service…

Philippe Gril avec Marie Dupin et AFP