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Mise aux normes des cabinets pour les handicapés: des médecins menacent de stopper leur activité

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- - Philippe Huguen - AFP

Depuis ce lundi, les cabinets médicaux doivent être accessibles aux personnes handicapées. Une obligation dénoncée par le syndicat de généralistes MG France, pour qui ces coûteux travaux pourraient pousser des médecins à la retraite anticipée.

Déjà vent debout contre le projet de loi Santé de Marisol Touraine et la généralisation du tiers-payant, qui va selon eux les noyer sous la paperasse et la comptabilité, voilà que les médecins doivent maintenant engager des frais parfois conséquents pour aménager l'accès de leur cabinet pour les personnes en situation de handicap.

Les établissements accueillant du public, donc les cabinets médicaux, avaient jusqu'à dimanche soir pour rendre leur "Ad'Ap", autrement dit, leur calendrier pour programmer les travaux d'accessibilité de leur cabinet. Une fois le dossier déposé, les établissements ont désormais trois ans pour réaliser les travaux nécessaires. Et à partir de ce lundi 28 septembre, ceux qui n'ont pas déposé leur calendrier s'exposent à une amende de 1.500 euros. Une mesure et une amende qui passent mal auprès du syndicat de médecins MG France, qui a lancé une campagne internet baptisée "Accessibilité : et si au final on déplaquait ?". Selon l'organisme, l'accessibilité des cabinets médicaux est impossible à réaliser pour la majorité des généralistes.

"Mon cabinet ne sera jamais accessible à tous"

RMC a pu s'en rendre compte en se rendant au cabinet du docteur Richard Handschuh, dans le 20ème arrondissement de Paris. Pour se rendre chez ce médecin, il faut d'abord pousser une lourde porte d'entrée, puis gravir un escalier. Un chemin pas toujours simple à effectuer pour Christiane, 67 ans. "Je me disais, j'ai mal aux genoux, comment je vais faire pour monter. Alors je monte un peu de biais, explique cette retraitée. La porte noire est très lourde, et là il y a quelques marches". Et une fois arrivé dans l'appartement qui fait office de cabinet, un autre souci: "Pour que les gens puissent entrer facilement dans la salle d'attente il faut que j'enlève les chaises ", explique le praticien. "Mon cabinet ne sera jamais accessible à tous", reconnaît-il tout de go. Ménager son cabinet ? Pas son rôle, estime le Dr Handschuh. "Je pense que les médecins sont des soignants, qu'ils ont déjà beaucoup de travail pour leur exercice quotidien et que la conformité des locaux n'est pas la priorité".

Le Dr Handschuh met en avant le coût élevé de ces mises aux normes, que les médecins ne pourront pas répercuter sur le prix des consultations. "Nous avons quand même à Paris 30% des médecins qui sont proches de la retraite, et si on est tatillon et qu'on leur impose des travaux infaisables ou extrêmement coûteux, ils dévisseront leur plaque et cesserons de travailler".

"Soit il se met dans l'illégalité, soit il ferme son cabinet avec anticipation"

Des médecins qui partent à la retraite de façon anticipée pour éviter de coûteux travaux ? "L'exemple type, c'est le médecin qui va partir à la retraite d'ici un an, et ne va pas investir des dizaines de milliers d'euros. Il a deux solutions: soit il se met dans l'illégalité et il risque des sanctions, soit il ferme son cabinet avec anticipation", résume le docteur Bruno Deloffre, vice-président du syndicat de médecins généralistes MG France.

"C'est proprement scandaleux d'entendre ça", rétorque Nicolas Merille, conseiller accessibilité pour l'Association des Paralysés de France. "Comment se fait-il que ce syndicat appelle à la désobéissance civile alors que les médecins peuvent bénéficier de motifs de dérogation, à condition de le justifier. Voici une profession qui devrait être très soucieuse de l'accès aux soins de personnes en situation de handicap et on a affaire à un comportement qui est proprement scandaleux".

Philippe Gril avec Anaïs Bouitcha