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"Mme Rossignol montre la réalité du racisme anti-noir dans toute sa splendeur", dit le Cran

Louis-Georges Tin, président du Cran.

Louis-Georges Tin, président du Cran. - Jean-Pierre Muller - AFP

Louis-Georges Tin, président du Cran et Franco Lollia, de la Brigade anti-négrophobie, sont venus ce lundi chez Jean-Jacques Bourdin pour dénoncer les propos de Laurence Rossignol la semaine dernière sur RMC. La ministre des Droits des Femmes, venus parler de la mode islamique, a évoqué les "nègres américains qui étaient pour l'esclavage".

Ils n'ont pas digéré les propos de Laurence Rossignol. Louis-Georges Tin, président du Cran (Conseil Représentatif des Associations Noires de France) et Franco Lollia, de la Brigade anti-négrophobie, sont venus ce lundi chez Jean-Jacques Bourdin pour dénoncer les propos de la ministre des Droits des femmes mercredi dernier. Interrogé à propos de la mode islamique, la ministre avait déclaré : "Il y a des femmes qui choisissent bien sûr, il y avait des nègres américains qui étaient pour l'esclavage…" (voir la vidéo en bas d'article).

Des propos "qui montre la réalité du racisme anti-noir dans toute sa splendeur", estime Louis-Georges Tin. "Le mot nègre en soi est aujourd'hui un mot raciste, tout le monde le sait. Mais il faut rappeler la deuxième partie du propos, qui est révisionniste", accuse le président du Cran.

"Tout le monde connaît l'histoire de l'esclavage, et dire aujourd'hui que les nègres américains étaient pour, c'est trop. Ses propos tombent sous le coup de la loi et pourtant elle les a maintenus, c'est cela qui nous choque".

Il anticipe : "L'exemple vient d'en haut et demain matin nous allons avoir des gens qui vont dire : la ministre le dit sur RMC, alors moi aussi je dis 'nègre'. C'est ce qu'on appelle la libération de la parole raciste".

"Il faut rappeler les bananes envoyées à Taubira"

"C'est une mécanique de pensée qui est raciste, et c'est ce caractère structurel du racisme qu'on vient dénoncer ici", explique Franco Lollia, de la Brigade anti-négrophobie. "La France est un bon élève en matière d'esclavage et on voit là toute une hypocrisie. C'est comme quand on parle de 'black' dans les médias, qui rendent tabou la question noire en France. Elle n'avait pas besoin d'aller aussi loin pour amener cette référence".

Pour Louis-Georges Tin, "le racisme anti-noir souvent n'est pas identifié. Il faudrait rappeler les bananes envoyées à Mme Taubira, les propos de monsieur Sagnol (entraîneur de Bordeaux), de monsieur Blanc (entraîneur du PSG, discussions portant sur d'éventuels quotas de joueurs noirs dans les centres de formation, ndlr), parlons encore des violences policières et de ce jeune homme frappé par un policier… Il y a un rapport de l'Acat (Action Chrétien Abolition Torture, ONG de lutte contre la torture), qui montre que sur les 26 personnes mortes de manière suspecte dans les commissariats de police ces 10 dernières années, 22 sont noires ou arabes".

P. G. avec JJ. Bourdin