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"Moi, Youssouf, j'espère pouvoir bénéficier d'un 'titre de séjour pluriannuel'"

Régulièrement, comme ici à Lyon, de longues files d'attente d'étrangers souhaitant renouveler leurs titres de séjours se forment

Régulièrement, comme ici à Lyon, de longues files d'attente d'étrangers souhaitant renouveler leurs titres de séjours se forment - AFP

TEMOIGNAGE - Les députés ont commencé lundi soir l'examen du projet de loi "droit des étrangers", qui vise à sécuriser la vie des étrangers en situation régulière, par la création d'un titre de séjour pluriannuel. Une possibilité qui sonnerait comme une délivrance pour Youssouf qui vit en France depuis dix ans grâce à une carte de séjour qu'il doit renouveler tous les ans.

En France, 2,5 millions d'étrangers sont titulaires d'un titre de séjour. Mais pour ces personnes, entamer des démarches administratives est souvent synonyme de calvaire. Ainsi, régulièrement, dans les préfectures, de longues files d'attente d'étrangers souhaitant renouveler leurs titres de séjours se forment. Mais le projet de loi sur le "droit des étrangers", actuellement en débat à l'Assemblée nationale, doit leur faciliter la tâche.

"Ce n'est pas facile"

Concrètement, le texte prévoit la création de cartes de séjour d'une validité de deux à quatre ans, et qui seraient délivrées après un premier titre d'un an. Pour rappel, actuellement, la durée maximale des titres de séjours temporaires est d'un an. Après un titre de séjour pluriannuel, ces personnes pourraient ensuite demander la carte de résident.

Une éventualité qui réjouit Youssouf, rencontré par RMC. Il a quitté l'Afrique pour l'Europe et la France il y a 17 ans, est resté sans-papier pendant sept ans, et bénéficie depuis dix ans d'un titre de séjour qu'il renouvelle tous les ans. Une démarche fastidieuse: "Ce n'est pas facile. Chaque année, c'est épuisant, confirme-t-il. Que ce soit aux Assedics, aux allocations familiales… quand vous renouvelez et que vous oubliez un de ces organismes, vous n'avez plus de droit dans ces organismes. Ça prend du temps !"

"Si vous n'avez pas de carte de séjour, tout est terminé…"

Pour chaque dossier de renouvellement, Youssouf, qui dirige une entreprise de sécurité privé, doit faire un chèque à l'administration. Coût de l'opération: 106 euros. "Je n'ai pas le choix car si je ne renouvelle pas je me mets hors-la-loi, assure-t-il. Si vous ne renouvelez pas, vous perdez tous vos droits, l'Assurance maladie, le droit de travailler. C'est très grave. Si vous n'avez pas de carte de séjour, tout est terminé…"

C'est pourquoi, pour Pierre-Henri, président de l'association France Terre d'Asile, le fait d'augmenter la durée du titre de séjour est une proposition qui permettra aux bénéficiaires de sortir d'un statut trop précaire. "Quand vous avez des titres de séjour d'un an, l'employeur va éventuellement hésiter à transformer votre CDD en CDI. Le banquier, lui, va hésiter à vous faire un prêt. Et donc, un titre de quatre ans simplifie la vie de tout le monde: les principaux intéressés comme les employés de préfecture qui ont certainement autre chose à faire que de renouveler sans cesse les papiers de personnes qui sont en situation régulière".

Maxime Ricard avec Benoît Ballet