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"On ne peut pas faire un pas sans se faire dévisager", regrette une famille juive

Des militaires montent la garde devant l'entrée d'une synagogue, à Lille.

Des militaires montent la garde devant l'entrée d'une synagogue, à Lille. - Philippe Huguen - AFP

Après l'attaque d'une synagogue à Copenhague, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a renouvelé dimanche son appel aux juifs d'Europe pour qu'ils viennent vivre en Israël. RMC a rencontré Laurent et Daniela Haddad, parents de quatre enfants, qui vont quitter la France cet été.

Plusieurs centaines de tombes profanées au cimetière juif de Sarre-Union, dans le Bas-Rhin. Des tirs meurtriers contre une synagogue à Copenhague, au Danemark. Une fois encore la communauté juive a été visée ce week-end. Après cette attaque, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou encore une fois invité les juifs d'Europe à rejoindre Israël: "A tous les juifs d'Europe, je dis : Israël vous attend les bras ouverts". Le gouvernement de Benjamin Netanyahou va adopter un plan pour les juifs de France, de Belgique et d'Ukraine. Ce plan prévoit 180 millions de shekels (45 millions de dollars) pour encourager l'immigration en Israël.

10.000 départs prévus en 2015

Selon les chiffres du gouvernement israélien, de plus en plus de Français juifs choisissent d'aller vivre là-bas. On dit alors qu'ils font leur "alyah". Après une année 2014 record, la France est devenue le premier pays dans le monde pour l'alyah, avec près de 7.000 départs. Les attentats commis contre Charlie Hebdo et l'épicerie Hyper Cacher risquent de provoquer un afflux de candidatures encore supérieur aux prévisions, qui étaient de 10.000 pour 2015.

"On ne peut pas rester comme ça à rien faire, il faut partir"

RMC a rencontré Laurent et Daniela Haddad, parents de quatre enfants, qui ont pris leur décision en juillet dernier. Une décision confortée depuis par les dernières attaques terroristes. "Bruxelles, Mohamed Merah, l'hyper Cacher, des juifs. Là, à Copenhague, encore des juifs. Ça va s'arrêter quand?", interroge Laurent. "C'est à répétition, on ne peut pas rester comme ça à rien faire, il faut partir", martèle Daniela. Au-delà des attentats et des attaques, le couple met en avant les tensions au quotidien. "On ne peut pas faire un pas sans se faire dévisager", déplore Daniela. "Quand on va faire les courses avec nos kippas, on voit des regards, on entend 'regarde ce sont des juifs'. On dirait qu'on est une race à part. Comme des animaux", raconte Laurent.

"On préfère que ce soit dur mais qu'on soit sereins"

Alors ces deux trentenaires vont tout quitter : travail, amis, famille. La maison qu'ils ont fait construire n'est pas encore terminée et va être mise en vente. "On sait que ça va être dur là-bas, anticipe Daniela, qui comme son mari ne connaît pas l'hébreu. Mais on préfère que ce soit dur mais qu'on soit serein, plutôt que de rester ici et d'être angoissés tout le temps". Une fois les passeports israéliens des enfants en poche, ils s'envoleront en juillet pour Haïfa, au nord du pays.

P. Gril avec V. Joanin.