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Ouragan Irma: "On est parti en fuyant mais on veut reconstruire ce paradis qu'est Saint-Martin"

La plage de Marigot à Saint-Martin, le 6 septembre 2017.

La plage de Marigot à Saint-Martin, le 6 septembre 2017. - AFP

Alors que Saint-Martin panse ses plaies après le passage de l'ouragan Irma, certains résidents ont fait le choix de revenir -au moins temporairement- en métropole. C'est le cas de Lucie, qui explique qu'elle veut désormais aider à la reconstruction le plus rapidement possible.

Lucie a 29 ans. Avec sa compagne, elle était installée à Saint-Martin depuis 8 mois. Elle est rentrée en métropole lundi matin: elle a tout perdu après le passage de l'ouragan Irma.

"On est arrivé lundi matin à 9h à l'aéroport d'Orly. On revient, mais on y retournera. Avec ma copine, nous sommes parties nous installer à Saint-Martin il y a 8 mois. Elle est esthéticienne, je suis second de cuisine, on avait trouvé des CDI. C'était la vie de rêve, la vie au paradis. Après Irma, le paradis est devenu un enfer, un cauchemar.

Notre maison a été détruite. On était dans la chambre, on a vu le plafond s'arracher et tout s'envoler. On est parti en courant se réfugier dans la salle de bain, à deux dans la douche de 2m2 avec une couverture de survie et une planche sur la tête. C'est la seule pièce de la maison qui a tenu et on y est restées 10h.

"Les militaires ont eu un peu pitié de nous et nous ont mis dans l'avion"

Dès qu'on a su qu'il y avait des avions, on est parti en courant à l'aéroport. Arrivées là-bas, on nous a dit que c'était impossible d'embarquer, qu'ils emmenaient d'abord les malades, les femmes enceintes, les familles. C'est compréhensible. Mais on a vu tellement de choses affreuses que ma copine s'est mise à faire une crise de tétanie. Elle ne pouvait plus marcher, plus bouger les bras. Du coup les militaires ont eu un peu pitié de nous et nous ont mis dans l'avion.

Arrivées en Guadeloupe, on nous a gardé sur le tarmac avec des lits de camp. Ils nous ont trié. Moi j'avais marché sur un clou et je ne suis pas vacciné contre le tétanos, du coup on m'a emmené à la clinique. Mon grand-frère, de métropole, s'est débrouillé pour appeler des copains qui sont venus nous chercher et nous ont ramené chez eux. C'est le grand-frère de ma copine qui nous a trouvé des billets pour qu'on puisse rentrer. Donc on a payé nos billets, comme beaucoup de gens.

"On est parti en fuyant mais on veut reconstruire ce paradis"

On va se reposer. Faire le plein d'amour dans nos familles parce qu'on en a bien besoin. Quand on part, on n'a plus rien. Tout s'est envolé. Ça fait rire tout le monde quand je le dis, mais on n'a même plus de petite culotte. On est parti tellement vite, on a laissé tellement de choses et de gens derrière nous, qu'on a l'impression d'avoir laissé une partie de nous là-bas.

On y retournera. Saint-Martin, c'est la France sans être la France. C'est un petit paradis, où tout le monde se connaît, tout le monde se dit bonjour. Quand on est arrivé, on se retournait parce qu'on pensait que les gens ne nous parlaient pas à nous. Mais tout le monde se parle, tout le monde s'entraide. Affronter d'autres ouragans, ça nous inquiète. Mais même si l'Etat a déconné pour Irma, on espère qu'il fera le nécessaire. Construire des abris, des lignes électriques souterraines... On a laissé ce paradis dans un tel chaos que notre cheval de bataille ça va être que les gens là-bas aient ce qu'il faut. On est parti en fuyant mais on veut reconstruire ce paradis".

Propos recueillis par Antoine Maes