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A Saint-Martin après Irma, la peur de José, l'ouragan qui vient

Au moins 19 morts, et le bilan empire d'heure en heure. Sur les îles dévastées de Saint-Martin et Saint-Barthélemy, les habitants qui n'ont pu évacuer attendent avec appréhension l'arrivée de José, l'ouragan dans la traîne d'Irma et qui à son tour menace les Antilles. A Saint-Martin, les envoyés spéciaux de RMC ont pu rencontrer les habitants.

Comme un mauvais feuilleton. Après Irma, cyclone qui a détruit à 95% Saint-Martin, l'île attend maintenant avec inquiétude le second cyclone qui vient. Les souvenirs sont encore chauds chez les Saint-Martinois. "Sous la force du vent, j'ai crié, je me disais que c'était un tremblement de terre", se souvient Karen, qui s'est crue "dans un mixeur" lors du passage du cyclone meurtrier.

Au volant de son pick-up, Paul contemple le paysage dévasté, et témoigne de la force des rafales. "Il n'y a plus rien qui reste. A 350 kilomètres/heure, un brin d'herbe devient un projectile.La mer et le vent se sont associés pour mettre les bateaux dans les cimetières."

"Peut-être bien que le pire est à venir"

Et maintenant, dit Karen, "ce qui commence à nous inquiéter, c'est vraiment la suite, le prochain cyclone, avec l'arrivée de José". Ce nouvel ouragan de catégorie 4 (sur une échelle de 5) devrait souffler sur l'île dans les prochaines heures, et complique les efforts des secours.

Karen est très pessimiste. "Les ravines qui auraient pu aider à l'évacuation des eaux sont pleines de détritus, de tôles de voitures, on ne sait pas où va passer cette eau. Peut-être bien que le pire reste à venir".

Des scènes de "pillages"

Après le monstre Irma, ou "Irmageddon" ainsi que l'a prénommé Libération, certains à Saint-Martin ont décrit des scènes de "pillage", qui plongent un peu plus l'île dans le chaos.Pauline, habitante de L'Anse Marcel, désespère:

"On n'a plus d'appartement, un bébé de deux ans, et on est toujours ici alors que le cyclone est passé depuis 2 ou 3 jours, je ne sais même plus… (...) On se sent en insécurité, on a peur de se faire agresser. Moi j'ai peur qu'ils mettent une balle à mon fils, qu'ils me mettent une balle aussi. Ils ont quinze ans et ils pensent qu'à une chose c'est nous dépouiller."

Certains, toutefois, ont préconisé de distinguer ceux qui dévalisent, de ceux qui cherchent de quoi survivre dans ce paysage de désolation. Annick Girardin, ministre des Outre-mer dépêchée sur place, assure sur BFMTV qu'elle a assisté à des vols qui ne sont pas "des besoins d'eau ou alimentaires. Moi quand je suis passé, il s'agissait de télévisions." 

Jean, joint par téléphone par RMC, évoque sa soeur qui habite sur l'île de Saint-Martin. "On a peur qu'il soient en train de piller les maisons. [Ma soeur] dit que c'est la guerre, qu'ils se cachent dans les maisons, que c'est pire que l'ouragan lui-même."

"Pourquoi ils ne font pas venir des bateaux?"

A bout de nerfs, Pauline ne comprend pas pourquoi l'évacuation n'a pas commencé. "Je ne comprends pas pourquoi ils ne font pas venir des bateaux, ils avaient le temps quand même", dit-elle en s'effondrant en larmes. 

Et l'arrivée de José ne la rassure pas. "José présente d'énormes dangers", confirme Jean-Louis Caffier, consultant environnement de BFMTV. "D'immenses zones sont recouvertes de détritus, de bouts de portes, de panneaux publicitaires, autant de projectiles qui vont être utilisés par José pour être balancé ailleurs, pour heurter d'autres maisons, casser des vitrines… Et toute une série de bâtiments sont fragilisés. C'est tout ça que José pourrait mettre par terre." Les secours ont ouvert 9 sites pour accueillir environ 1.600 sinistrés.

Céline Martelet (avec P. C.)