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Crise du cinéma: "Il ne faut pas céder à la panique mais faire un plan d'ensemble" juge Jack Lang

La fréquentation dans les cinémas dévisse. Invité de la Matinale week-end de RMC, Jack Lang, ancien ministe de la Culture de François Mitterrand, a estimé qu'il fallait un "plan d'ensemble" pour le cinéma français même s'il ne faut pas "céder à la panique".

Le cinéma est en crise. En septembre, 7,38 millions d'entrées ont été enregistrées en septembre 2022, soit -34,3% par rapport à septembre 2019. C'est le plus bas niveau depuis 1980 et le début des statistiques mensuelles sur les entrées au cinéma. Une situation qui provoque le plus grand désarroi de Jack Lang. L'ancien ministre de la Culture de François Mitterrand et président de l'Institut de Monde Arabe était l'invité ce dimanche de la Matinale week-end de RMC. Pour lui, "il ne faut pas agir dans l'urgence."

"Il y a beaucoup de facteurs, entre le Covid, les plateformes et aussi la programmation peut être en cause. Mais je ne suis pas pessimiste. On ne doit pas agir dans l'urgence et il ne faut pas se livrer aux plateformes et Américains" explique que le créateur de la Fête de la musique.

"Ce n'est pas les blockbusters (américains) qui vont faire que le cinéma français va retrouver la santé", tranche Jack Lang: "En 1981, nous étions dans une situation où tous les pays européens, les uns après les autres, ont perdu leur cinéma. A l'époque, nous avons pris le taureau par les cornes pour redonner de l'oxygène au cinéma."

Interrogé sur la proposition de Kad Merad de baisser le prix du billet, et le coût excessif de l'entrée, il est juge qu'"à coup sûr, oui, le cinéma est trop cher." Mais une réforme comme dans le livre, et le prix unique, serait inefficace car la situation est "très différente": "il faut un plan d'ensemble car ce qui coûte cher c'est aussi la fabrication des films, l'inflation de certaines rémunérations où il y a une surenchère."

"Il faut des mesures courageuses sans céder à la panique. Il faut radiographier la situation, une palette de mesures pour faire que notre cinéma, le seul cinéma européen qui survit, pourra retrouver le bon chemin."

Ne pas céder face aux plateformes

En tous cas, Jack Lang en est persuadé: "on ne peut résoudre cette question que par un plan global." Il estime aussi que face aux plateformes, "il faut éviter de céder trop à leurs exigences", notamment sur la chronologie des médias. Aujourd'hui, un film qui sort en salles est au bout de six mois sur Canal+, de quinze mois sur Netflix, de 17 mois sur Amazon Prime.

Sur le prix, il estime qu'il faut s'y attaquer en "transformant les choses à la racine". Et dénonce, à travers un coup de gueule, une inflation "encore plus grave" d'autres biens culturels comme la place de concert: "Les prix de certains concerts grimpent en raison de la domination progressive de sociétés américaines qui se sont emparés des grands festivals et font monter les prix. Là, ce n'est pas 10 ou 20 euros mais beacoup plus: c'est trop cher, c'est des sommes insupportables ! Et beaucoup de jeunes ne peuvent y accéder sauf à se sacrifier."

Plus généralement, il juge que "dans la culture, on se soumet beaucoup trop à l'américanisation et la mercantilisation. La loi du profit l'emporte trop souvent. Il est temps que la puissance publique retrouve sa force d'impulsion."

https://twitter.com/mmartinezrmc Maxime Martinez Journaliste RMC