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Les troupes françaises absentes du Dunkerque de Nolan: "Elles se sont battues avec l'énergie du désespoir"

L'affiche du film de Christopher Nolan.

L'affiche du film de Christopher Nolan. - Warner

En salle depuis une semaine, Dunkerque, le film de Christopher Nolan, a déclenché une petite polémique dans notre pays: les troupes françaises en sont quasiment absentes. Une remarque justifiée, selon Patrick Oddone, président de la société d’histoire de Dunkerque, pour qui l’épisode est cependant trop méconnu des Français.

Patrick Oddone, historien, est le président de la société d’histoire de Dunkerque.

"Christopher Nolan a proposé une vision anglo-saxone de l’opération Dynamo. C’est celle qui inscrite dans la mémoire du peuple britannique. Evidemment, les Français peuvent être à juste-titre déçus de la quasi-absence de soldats français dans le film. En plus, au début, ils sont agressifs, ils défendent un périmètre, ils tirent sur des Anglais, etc… C’est vrai qu’on peut s’étonner que les Français soient absents de ce film, mais ça répond à une logique de réalisation de Nolan. Mais il n’a pas fait un documentaire pour la chaîne Histoire. Il a fait un film pour le monde anglo-saxon.

En tant qu’historien, je peux comprendre tout à fait la démarche de Nolan. D’autant plus qu’il a très bien restitué l’enfer de Dunkerque. Un enfer sur terre, sur mer, et dans les airs. C’est un film qui fera date, parce que c’est une reconstitution historique captivante, même si elle est centrée sur l’analyse anglo-saxone. Il décrit très bien comment les Britanniques ont mis en place une organisation qui a été très efficace.

"Côté français, c’est un océan d’amertume"

Il y a deux lectures de l’opération Dynamo. La lecture britannique, qui consiste à dire que c’est un immense succès, voire un miracle, au cœur d’une défaite. On a réussi à sauver notre armée pour la préserver en vue de combats futurs. Et côté français, c’est un océan d’amertume. L’esprit de Dunkerque, c’est l’esprit de la défaite, même si 123.000 hommes ont pu regagner l’Angleterre, où ils ne sont pas restés longtemps d’ailleurs.

C’est pour ça aussi que l’opération Dynamo a disparu des manuels scolaires en France. Et puis il faut bien voir que cette opération, ce rembarquement des troupes britanniques, a été exploité d’une façon outrageuse par la propagande de Vichy. Qui disait ‘les Anglais nous ont trahi, ils nous ont abandonné, ils sont partis en nous laissant là’. Ce qui est faux.

"On mesure encore les effets pervers de la propagande de Vichy"

Mais il reste cette amertume française de ces 35.000 ou 40.000 soldats qui tenaient le dernier carré et qui ont permis le rembarquement et qui ont été fait prisonniers. Il faut bien dire que ce périmètre pour retarder l’avancée allemande était tenu à la fois par les Français et par les Britanniques. Mais les Britanniques, au fur et à mesure qu’ils embarquaient, se retiraient et étaient remplacés par des Français.

Ces troupes françaises se sont battues avec l’énergie du désespoir. Ils ont été submergé, c’est vrai. Mais ils ont tenu jusqu’au dernier jour des embarquements. Et ces hommes ont rejoint les camps en Allemagne, à pieds bien souvent. On mesure encore dans les mentalités les effets pervers de la propagande de Vichy. Il y a toujours un sentiment anglophobe qui est latent. Mais c’est un épisode qui devrait faire autrement partie de la mémoire collective française".

Propos recueillis par Antoine Maes