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Trop de meurtres à la télévision publique? Un syndicat de réalisateurs se plaint

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illustration - Christophe ARCHAMBAULT © 2019 AFP

Un syndicat de réalisateurs dénonce un "appauvrissement culturel" estimant qu'il y a trop de polars diffusés par la télévision publique.

Police partout, diversité des sujets nulle part ? Il y a trop de polars dans les fictions télé diffusées par le service public, se plaint un syndicat de réalisateurs, qui dénonce un "appauvrissement culturel" au profit de l'audience. "Imaginez un cuisinier qui va travailler dans un restaurant où on lui dit de ne faire que des pâtes. Il va se sentir frustré, même si les pâtes, c'est bon et que plein de gens veulent en manger", déclare à l'AFP Laurent Jaoui, président de l'U2R, qui rassemble 130 réalisateurs et réalisatrices.

Selon un rapport publié vendredi par le syndicat, 85% des fictions télé diffusées par les chaînes du groupe public France Télévisions en première et deuxième partie de soirée l'an dernier appartenaient au genre policier. Nettement plus que TF1 (11%), Arte (3%) ou M6 (1%).

"On nous répond: 'C'est simple à faire, moins cher et les gens en demandent toujours'"

"L'apport culturel du service public, qui devrait être essentiel, s'est extrêmement appauvri sous prétexte d'audience", estime Laurent Jaoui, en réclamant davantage de fictions "historiques, sociétales ou basées sur le patrimoine littéraire".

"Quand on demande pourquoi privilégier le polar, on nous répond: 'C'est simple à faire, moins cher et les gens en demandent toujours'", poursuit-il.

Ce constat n'est pas nouveau. Il a été dressé à plusieurs reprises ces dernières années par le CSA (devenu l'Arcom). Dans un rapport de 2019, le CSA notait toutefois des "efforts pour diversifier les thématiques abordées dans les fictions policières" de France Télévisions, en citant une oeuvre dont l'intrigue se déroulait dans un hôpital psychiatrique ou une autre tournée au musée du Louvre.

Mais l'U2R en tire la conclusion inverse. "Le polar a contaminé les autres genres", juge M. Jaoui. "Même quand on fait une série sur les speakerines, sur un orchestre philharmonique ou une équipe de basket féminin, on demande qu'il y ait un meurtre".

"Pourtant, ça n'est pas une fatalité. Quand on voit certains sujets se faire sur TF1 ou les plateformes, comme Disney+ avec 'Oussekine' [sur l'étudiant tué par des policiers en 1986], on se dit: que fait le service public?", conclut-il.

France 2 et France 3 se sont taillé des succès avec des séries appartenant au genre policier, comme "Capitaine Marleau", "Candice Renoir" ou la collection "Meurtres à...". De son côté, TF1 écrase les audiences avec la série de comédie policière "HPI", dont la deuxième saison a démarré mi-mai.

La rédaction avec AFP