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Plainte contre la Dépakine: "Il faut que Sanofi assume l'entière responsabilité des dégâts causés"

Administré à des femmes enceintes, l'antiépileptique à base de valproate fait courir des risques de malformations congénitales aux futurs enfants

Administré à des femmes enceintes, l'antiépileptique à base de valproate fait courir des risques de malformations congénitales aux futurs enfants - AFP

TEMOIGNAGES – RMC a rencontré une des 250 familles qui porte plainte contre Sanofi à propos de la Dépakine. Administré à des femmes enceintes, l'antiépileptique à base de valproate fait courir des risques de malformations congénitales aux futurs enfants.

"Ça se voit que je suis différent, que je ne suis pas comme les autres. Je ne peux pas vraiment écrire: je suis obligé d'avoir un ordinateur. J'ai vu beaucoup d'orthophonistes, de psychiatres, de psychologues…" Cette vie, c'est celle de Nathan handicapé à 80% à cause de la Dékapine, un médicament pris par sa mère pendant la grossesse. Alors aujourd'hui du haut de ses 13 ans, il a beaucoup de rancœur.

"J'en veux surtout aux laboratoires qui ont gâché la vie de milliers de victimes partout en France, assure-t-il. Et même si les laboratoires ont une part de responsabilité, l'Etat aussi". Sa mère, Marine, elle, a le sentiment d'avoir été trompée durant sa grossesse. "J'ai empoisonné mes enfants et c'est une culpabilité très difficile à assumer pour une mère de famille. Tout ça parce que je n'ai pas été informée, ni par Sanofi le producteur du produit, ni par les pouvoirs publics qui en connaissaient la toxicité", regrette-t-elle.

"Toute la vie de famille a été bouleversée"

Quels sont les effets indésirables graves de ce médicament? "Des troubles comportementaux, sous forme d'autisme. Ça on le sait depuis 1994. Mais aussi des malformations cardiaques, on le sait depuis les années 80… Et tout ça n'a jamais été porté à ma connaissance", déplore-t-elle encore. C'est pourquoi Marine a monté une association d'aide aux victimes de la Dépakine. Pour l'heure, 1.000 enfants y sont déjà recensés. Elle compte ainsi faire pression sur les laboratoires Sanofi: "Il faut qu'ils payent et prennent en charge tous les frais inhérents à ces enfants qui sont aujourd'hui handicapés, ont des besoins de méthode pour soigner l'autisme. C'est très lourd".

Et de prendre son cas particulier: "J'ai dû m'arrêter de travailler pour m'occuper de mes enfants. Toute la vie de famille a été bouleversée. On a dû s'adapter à leurs difficultés. Il faut donc absolument que Sanofi assume l'entière responsabilité des dégâts causés par son produit". Pour l'heure, pas question d'interdire la Dépakine pour autant. L'agence nationale de sécurité du médicament préfère durcir les conditions de prescription à partir de janvier 2016.

Maxime Ricard avec Romain Poisot