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152 morts, erreur de pilotage... Qu'attendre du procès du crash de la Yemenia Airways?

Treize ans après, le procès du crash de la Yemenia Airways qui a fait 152 morts s'ouvre ce lundi devant le tribunal judiciaire de Paris. L’A310 de la compagnie Yemenia Airways assurait une partie de la liaison entre la France et les Comores. Elle encourt 225.000 euros d’amende pour homicides et blessures involontaires.

Le procès de la catastrophe aérienne de la Yemenia Airways s’ouvre ce lundi devant le tribunal correctionnel de Paris. 152 personnes sont mortes dans cet accident au large des Comores en 2009.

Le 29 juin, l’airbus de la compagnie Yemenia Airways s'apprêtait à se poser à Moroni, la capitale des Comores, dans l'océan Indien. C’était la fin d’un long voyage. La plupart des passagers avaient embarqué à Paris ou à Marseille. Puis ils avaient changé d’avion lors d’une escale à Sanaa, la capitale du Yémen. On venait de demander aux passagers de se préparer pour l'atterrissage, d'attacher leur ceinture. Et soudain à 23h53, l’avion à heurté l’océan avec ses moteurs à pleine puissance, il s’est enfoncé sous l’eau. On a compté 152 morts, 11 membres d'équipage et 141 passagers, dont la moitié était de nationalité française.

De ce crash, une seule personne s’en est sortie vivante, Bahia Bakari, une adolescente de 13 ans, française d’origine comorienne qui voyageait avec sa mère. Des pêcheurs l'ont retrouvée le lendemain à la mi-journée. Elle venait de passer 11 heures, dans l’eau, accrochée à un débris de l’avion.

Les pilotes ont perdu le contrôle de l’avion, lors de manœuvres non stabilisées

Par la suite, elle a raconté. Elle se souvient très bien des derniers moments du vol, qu’elle était un peu effrayée parce qu’il y avait des turbulences, mais autour d’elle tout le monde était calme. Et puis ensuite, elle a un trou noir, elle ne se souvient plus de rien, jusqu’au moment où elle se retrouve seule dans l’eau en train de nager. Elle aperçoit trois débris, choisit de s’agripper au plus gros. Elle entend des femmes autour d’elle qui appellent à l’aide. Elle aussi appelle. Et finalement elle va s’endormir sur son morceau d’avion, jusqu’au lendemain matin. C’est une miraculée, elle a aujourd’hui 26 ans et elle témoignera au procès, le 23 mai prochain.

L'appareil était un Airbus qui avait 19 ans, mais qui était tout à fait en état de voler. La météo n’était pas si mauvaise, même s’il y a avait du vent. Et donc ce sont finalement les pilotes qui ont été mis en cause. La boîte noire a été retrouvée et selon les experts, elle montre que les pilotes ont perdu le contrôle de l’avion, lors de manœuvres non stabilisées, après des actions inadaptées à l’approche de l'atterrissage. Sur les enregistrements, on entend les pilotes dire: “Remonte, remonte”, puis “c’est mort, ça ne marche pas, on est perdu”… Une faute de pilotage serait ainsi la seule cause de la catastrophe.

Pas de responsable de la compagnie dans le box des accusés

Cependant, c’est bien la compagnie, Yemenia Airways qui est jugée. Les juges d’instruction l’ont renvoyé devant le tribunal correctionnel de Paris pour homicide et blessures involontaires. Selon ces juges, Yemenia a commis de lourdes erreurs, “elle a failli à bien des égards”. Par exemple en maintenant les vols de nuit vers les Comores, alors que les feux de balisage de l’aéroport de Moroni étaient en panne depuis longtemps. Autrement dit les pilotes devaient se poser dans le noir.

Mais plus grave encore, l’instruction a surtout démontré que ces pilotes n'étaient pas au niveau. “Leur formation était lacunaire”, ce qui fait un peu froid dans le dos.

C’est uniquement la compagnie en tant que personne morale qui est poursuivie et qui ne risque qu’une amende. Et les responsables de Yemenia Airways n’ont pas jugé utile de se déplacer expliquant que le Yémen est un pays en guerre. Ce qui est vrai et faux. C’est vrai que le Yémen est en proie à une épouvantable série de guerres civiles depuis 20 ans. Mais c’est faux que cela empêche les dirigeants de venir à Paris puisqu’il y a des vols réguliers entre le Yémen et l'Europe. Quoi qu’il en soit, on va donc avoir quatre semaines de procès avec personne dans le box des accusés. Les familles des passagers ont déjà été indemnisées pour la plupart.

"Il y a une grande colère et beaucoup de frustration"

C’est donc surtout un procès, comprendre et pour tourner la page. C’est d’ailleurs ce qu’attend Ibrahim Mogni qui a perdu sa sœur, son frère et sa mère dans ce crash.

“Il faut comprendre les raisons de cet accident pour pouvoir avancer et faire notre deuil. Nous attendons aussi que la compagnie soit sévèrement sanctionnée parce qu’on a été amputé d’une partie de notre famille. Il y a une grande colère et beaucoup de frustration de ne pas voir les responsables de la compagnie aérienne sur le banc des accusés”, indique-t-il.

Pour Saïd Assoumani, le président de l’association de victimes, ce procès doit aussi servir d’exemple. “Derrière tout ça, indirectement, ce sera le procès de toutes les compagnies voyous et de tous les avions poubelles. Il faut que ce genre de choses ne se reproduisent plus. Il y a des avions qui ne sont pas aux normes, des pilotes qui ne sont pas formés et le danger existe toujours”, appuie-t-il.

Nicolas Poincaré et Lionel Dian