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Amendes, prévention, méthode anglaise: comment lutter contre les rodéos urbains?

Les blessés se multiplient cet été en marge des rodéos urbains. Si Gérald Darmanin veut intensifier les contrôles, certaines communes tentent de lutter contre la pratique avec leur propre technique.

Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a annoncé lundi une intensification des contrôles dans toute la France contre les personnes effectuant des rodéos urbains. Mais l'annonce de ces 10.000 contrôles supplémentaires d’ici la fin du mois d'août ne convainc pas François Daoust, élu à Pontoise où deux enfants ont été grièvement blessés par une moto-cross lors d'un rodéo vendredi:

"Est-ce qu'il y aura les effectifs pour répondre à ces densifications des contrôles? Les interventions ne se font pas à chaud, on ne va pas créer de suraccident. Dix milles contrôles, cela ne veut pas dire qu'il va y avoir 10.000 interpellations et 10.000 condamnations", déplore-t-il au micro de RMC.

Les quads strictement interdits

Dans le Nord, la commune d’Halluin a pris les devants, sans attendre l’intensification des contrôles. Le maire a interdit la circulation des quads sous peine d’une amende de 150 euros. Et ça marche, selon l’adjoint au maire Jean-Emmanuel Hagneré: "L'utilisation de cet arrêté et la présence de notre police municipale ont permis de baisser sensiblement ce fléau".

Si certains renforcent la répression, d’autres optent plutôt pour la prévention. C’est le cas des mairies de Vaulx-en-Velin et de Lyon qui ont fait appel à Medhi Bensafi, président de l’association Synergie Family: "Le premier objectif c'est de venir casser cette culture. Les passionnés de moto que l'on croise dans ces rodéos urbains, on leur propose d'aller sur des circuits homologués", explique-t-il.

La technique anglaise

La prévention, une méthode qui ne convainc pas vraiment la police: "Braver l'interdit est un peu dans l'air du temps. Je ne suis pas sûr que cela soit la solution", croit savoir ce mardi sur RMC Stanislas Gaudon délégué général du syndicat de police Alliance, qui prône plutôt "la fermeté".

Et pour plus de fermeté, Stanislas Gaudon regarde outre-Manche. Au Royaume-Uni, la police n'hésite pas à renverser les deux-roues pour mettre fin aux courses-poursuites.

Une technique à 20.000 lieues de la doctrine française: "Quand on nous autorise à engager une course-poursuite, on nous dit de surtout faire attention à ne pas prendre de risque ni ne faire prendre de risque à ces individus", explique Stanislas Gaudon.

"S'il n'y a pas l'arsenal répressif pour interpeller, il va falloir trouver d'autres solutions. Le système anglais a fait ses preuves avec une diminution de 35 % des délits constatés. Ces interventions entraînent très peu de blessures et de sur-accident. C'est très encadré, il y a une formation spécifique et une formation continue. Il n'y a pas de tabou, servons-nous des systèmes européens", plaide Stanislas Gaudon.

"Cette méthode britannique a été mise en place en 2018, pendant qu'en France ontmettait en place la loi de 2018 pour lutter contre les rodéos. Cela pose question", ajoute le policier qui reconnaît que la confiscation et la destruction en place en France, "est une des solutions".

Actuellement, la peine pour participation à un rodéo urbain peut aller jusqu'à cinq ans de prison. Et Gérald Darmanin souhaite encore renforcer la répression.

Selon les ministères de la Justice et de l'Intérieur, les infractions verbalisées lors de rodéos motorisés sont en hausse de 11,9% (avec 2.864 verbalisations en 2020 contre 3 206 en 2021). Le nombre de condamnations affiche lui une hausse de 39,6% (991 condamnations en 2020 contre 1.383 en 2021) selon le ministère de la Justice.

Ambre Lepoivre (avec G.D.)