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Apologie du terrorisme: la justice est-elle assez sévère? Ca fait débat sur RMC

La virée meurtrière de Radouane Lakdim entre Carcassonne et Trèbes a réveillé certains esprits, notamment sur les réseaux sociaux, se réjouissant de la mort de victimes. La justice est-elle assez sévère avec ceux qui font l’apologie du terrorisme?

Mardi, Stéphane Poussier, ancien candidat La France Insoumise aux législatives, a été condamné à un an de prison avec sursis pour s’être réjoui de la mort d’Arnaud Beltrame sur Twitter. Jeudi, c’est une militante de la cause animale qui a écopé de sept mois de prison avec sursis pour avoir écrit sur Facebook qu’elle avait "zéro compassion" pour le boucher tué dans le Super U de Trèbes. 

Des prises de paroles sur les réseaux sociaux condamnées pour "apologie du terrorisme" qui deviennent courantes et nombreuses: elles sont ainsi en augmentation de 38,5% depuis 2014, depuis que cet délit est entré dans le Code pénal.

"L'heure n'est pas du tout à la plaisanterie"

Jusqu’ici, il s’agissait d’un délit d’opinion encadré par la loi de 1881 sur la liberté de la presse. En novembre 2014, Christiane Taubira a fait transférer ce délit dans le code pénal. Avec, à la clé, une accélération des procédures. Les suspects peuvent désormais être entendus en comparution immédiate et encourent jusqu’à 5 ans de prison et 75.000 euros d’amende. Et même jusqu’à 7 ans et 100.000 euros si les propos ont été publiés en ligne.

Les juges n’hésitent d'ailleurs pas à condamner fermement, y compris ceux ou celles, comme cette militante vegan, qui plaident la bêtise ou le regret d’avoir posté de tels messages. Nathalie Goulet est sénatrice de l’Orne, elle a présidé une commission d’enquête sur les réseaux djihadistes:

"On est dans une période vraiment compliquée de notre Histoire et je crois qu'il n'y a pas de place pour ce genre de choses. J'ai été extrêmement choquée de voir ce message. En plus, ce n'était pas du tout une plaisanterie, elle l'a écrit, elle l'a posté, elle n'a pas émis de regrets particuliers. Vous ne pouvez pas demander aux jeunes d'être conscients des risques pour la valeur de la vie humaine et laisser des gens comme ça répandre ces choses sur les réseaux. L'heure n'est pas du tout à la plaisanterie".

Eduquer par la sanction?

D’ailleurs, Nicole Belloubet a rappelé sur RMC que l’Etat sera extrêmement ferme contre tous ceux qui se rendent coupables d’apologie du terrorisme. Policiers et gendarmes ont pour consigne de ne faire aucune impasse. Devant les tribunaux, on voit de tout. Des hommes, des femmes, des binationaux, des convertis, des fichés S, mais aussi ce SDF qui, sous l’effet de l’alcool, avait approuvé l’attentat de Nice, ce jeune garçon de Lunel qui partageait les photos de son frère parti en Syrie.

Mais une telle intransigeance est-elle efficace? Pas si sûr, selon Vincent Brenghart, avocat spécialisé dans les questions de terrorisme.

"C'est toute cette problématique de savoir si on éduque, on apprend par la sévérité, par la sanction ou si elle doit passer par d'autres moyens. Je ne suis pas persuadé que condamner aussi sévèrement puisse servir d'exemples, parce que malheureusement, il y a une augmentation des faits d'apologie de terrorisme depuis ces dernières années et les premières décisions qui ont été rendues après le changement législatif en 2014 n'ont pas arrêté l'apologie du terrorisme" analyse-t-il sur RMC

Au moins 3 faits après les attentats de Trèbes et de Carcassonne. Les deux dont nous avons parlé. Et ce jeune homme qui sera jugé aujourd’hui pour avoir regretté qu’il n’y ait eu plus de morts dans le Super U.

Matthieu Rouault & X.A