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Attentats à Paris: des failles dans le renseignement?

Les services de renseignement ont-ils manqué un suspect? (photo d'illustration)

Les services de renseignement ont-ils manqué un suspect? (photo d'illustration) - AFP

REPORTAGE - Le tollé est immense en Belgique. Ce mercredi, le porte-parole du parquet fédéral belge a révélé que "les renseignements belges savaient parfaitement que les frères Abdeslam, terroristes des attentats de Paris, s'étaient radicalisés et qu'ils pourraient se rendre en Syrie". Dès lors, une partie de la classe politique dénonce d'importantes lacunes de la part des policiers.

Comme après chaque attentat réussi, la polémique est relancée. Sitôt le nom des terroristes connus et comme après les attentats de Charlie Hebdo, les mêmes questions ont refait surface. Aurait-on pu éviter les attaques du 13 novembre? Y a-t-il eu des failles dans les systèmes antiterroristes français et européens? Des interrogations d'autant plus légitimes au regard du parcours des assaillants, connus des services de renseignements.

Pour preuve, ce mercredi, le porte-parole du parquet fédéral belge a révélé que "les renseignements belges savaient parfaitement que les frères Abdeslam, terroristes des attentats de Paris, s'étaient radicalisés et qu'ils pourraient se rendre en Syrie". Plus précisément, en janvier dernier, alors que Brahim Abdeslam tente de rejoindre la Syrie, il est intercepté en Turquie et renvoyé en Belgique. Sur place, les enquêteurs sont prévenus et interrogent Brahim mais aussi son frère Salah.

"Des erreurs dans le traitement des informations"

A la fin de l’interrogatoire, les policiers belges affirment que les deux hommes ne montrent pas de signes d’une possible menace… C'est pourquoi, aujourd’hui, Françoise Schepmans, maire de Molenbeek d’où sont originaires les deux djihadistes, dénonce, sur RMC, de graves manquements. "Il semble qu'il y ait eu des erreurs dans le traitement des informations concernant les candidats au jihad", affirme-t-elle.

Et d'énumérer certaines de ces "erreurs": "La surveillance des individus ou encore celle des lieux où on peut penser qu'il y a des discours radicaux". Ce qui lui fait dire, "Je suis convaincue que l'on n'a pas pris la juste mesure de l'ampleur de ce phénomène". Dans les prochains jours, une commission parlementaire doit enquêter sur les services secrets du pays. 

"Il y a des faiblesses"

Pour comprendre ce qui n’a pas fonctionné, Stefaan Van Hecke, député écologiste, attend des réponses claires: "Pourquoi n'ont-ils pas été suivis? Est-ce que toute l'information est bien centralisée? Est-ce qu'il y a une bonne analyse des menaces? C'est surtout là, je pense, qu'il y a des faiblesses". Pour réduire au maximum les éventuelles failles, le député demande, entre autres, plus d’enquêteurs arabophones. Mais pour Olivier Martins, l’avocat de Brahim Abdeslam, l’un des terroristes, les services de renseignement belges ont tout simplement respecté la loi.

"Pour les arrêter, il faut des éléments, souligne-t-il. Si vous allez juste à des réunions où vous fréquentez des personnes et que les policiers ne constatent pas plus… D'autant plus que ces personnes ont été interrogées et ont déclaré ne pas être candidates au jihad. C'est difficile… C'est toujours facile de parler après…" A noter qu'en Belgique, près de 350 ressortissants ont quitté le territoire pour aller combattre en Irak ou en Syrie.

D'autres "failles"

En l'état actuel de l'enquête, le dysfonctionnement plus grave semble être le cas de Samy Amimour: ce Français de 28 ans, soupçonné de vouloir partir pour le Yémen, est mis en examen en octobre 2012 pour "association de malfaiteurs terroristes", placé sous contrôle judiciaire. Ce qui ne l'empêche pas de rejoindre, un an plus tard, la "terre de jihad" syrienne. Ce qui provoque l'émission d'un mandat d'arrêt international. Malgré cela, il parvient à rentrer en France incognito pour participer, vendredi soir à Paris, au pire attentat jamais commis en France.

Autre problème, un autre tireur du Bataclan, Omar Ismaïl Mostefaï, avait d'une part attiré dès 2010 l'attention des services français, qui avaient émis à son encontre une fiche S ("sûreté de l'État"), et d'autre part avait été, selon Ankara, signalé deux fois à Paris pour son appartenance à la mouvance jihadiste. La police turque "a informé la police française en décembre 2014 et janvier 2015" à son propos (il était entré sur le territoire turc en 2013, pour ensuite certainement rallier la Syrie), et "nous n'avons jamais eu de retour de la France", a affirmé lundi à l'AFP un responsable turc.

Maxime Ricard avec Antoine Perrin