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Des grands flics, des personnalités connues: l’étonnant procès des "fuites de la PJ"

Dans "Apolline Matin" sur RMC et RMC Story, Nicolas Poincaré a détaillé les profils des accusés de l’affaire des fuites de la PJ, dont le procès s’ouvre ce lundi à Paris.

C’est un procès étonnant qui s’ouvre ce lundi devant tribunal correctionnel de Paris: l’affaire dite des fuites de la PJ. Dix-neuf personnes sont jugées, dont plusieurs personnalités connues. Des personnalités qui pensaient bien ne jamais se retrouver dans le box des accusés. Côte à côte, on va voire un ancien grand flic patron de la Police judiciaire, un ancien syndicaliste policier, un ancien secrétaire d’Etat, le fondateur du GIGN, un avocat, un notaire, un restaurateur et en vedette Christophe Rocancourt, l'escroc des stars de Hollywood, celui qui a arnaqué Mickey Rourke et Michel Polnareff, l'homme dont la vie est un roman.

Et c’est toute cette histoire qui est aussi assez romanesque. Au départ, il y a Christophe Rocancourt qui est soupçonné, avec son avocat, d’avoir voulu aider deux Marocaines sans papier à être régularisées. Pas les aider par grandeur d'âme, mais tout simplement pour l’argent. Les deux marocaines avaient de quoi payer… Pour obtenir ces papiers, Rocancourt contacte deux de ses connaissances. Le commandant Prouteau, ancien gendarme fondateur du GIGN, chargé de la sécurité de l’Elysée sous François Mitterrand. Et Kofi Yamgnane, ancien ministre de l'Intégration sous François Mitterrand, ancien député socialiste, Breton d’origine togolaise. L’ancien super-gendarme, qui a aujourd’hui 78 ans, et l’ancien ministre, 76 ans, sont jugés pour trafic d’influence.

Comment l’ancien patron de la PJ se retrouve mêlé à tout cela ? Bernard Petit était à l'époque le chef du service le plus prestigieux de la police française. Le fameux 36 quai des Orfèvres, la police judiciaire. Il est soupçonné d’avoir informé Christian Prouteau de l'enquête qui était menée contre lui.

Lorsque cela s’est su, la patronne de la police des polices s’est alors déplacée elle-même au 36 quai des Orfèvres pour interpeller Bernard Petit, le placer en garde à vue et perquisitionner son bureau. Le ministre de l'Intérieur l'a alors aussitôt démis de ses fonctions. C’était du jamais-vu. Un séisme dans la police et une descente aux enfers pour ce grand flic à la carrière impeccable. Il est jugé aujourd’hui pour violation du secret de l’instruction…

Dans le box, se trouve aussi un ancien syndicaliste policier. Joaquin Masanet, ancien CRS, ancien secrétaire général de l’UNSA police. Après sa retraite, il est devenu le président de l’ANAS, une association qui gère les œuvres sociales de la police et qui brasse beaucoup d’argent. Et l’accusation le soupçonne d’avoir utilisé ce poste d’influence pour monnayer des interventions dans des dossiers de titre de séjour, ou bien pour faire sauter des PV. L'enquête a aussi révélé des fausses factures pour des frais de bouche et des surfacturations de travaux. Joaquin Masanet comparaît pour ces faits aux côtés de son fils et de plusieurs complices présumés.

Presque tous francs-maçons

C’est ce que l’on appelle une affaire à tiroir. C’est la découverte d’un premier délit, qui mène à un deuxième, à un troisième puis à d’autres encore… Et à l'arrivée, cela donne donc ce procès un peu fourre-tout avec 19 personnes dans le box qui parfois ne sont pas du tout concernées par ce que l’on reproche à leurs co-accusés.

Mais il y a tout de même un point commun entre la plupart des mises en cause. Ils sont presque tous francs-maçons. C’est ce que la presse avait souligné à l’époque des faits en 2014. Derrière les interventions, les renvois d’ascenseur, les services rendus entre grands flics, syndicalistes, avocats, notaires et notables, il y a cette appartenance commune…

Alain Bauer, qui s’y connaît puisqu’il est spécialiste de la police et lui-même ancien Grand maître du Grand Orient de France, estime qu’au moins 10% des commissaires de police sont membres d’une loge. Il explique que les liens entre les francs-maçons et la police remontent à Napoléon 1er.

Puisqu’à l’époque, tous les maréchaux, les généraux, la moitié des capitaines et tous les commissaires de l’empire appartenaient à la franc-maçonnerie… Et 200 ans plus tard, il reste une certaine influence ou une influence certaine. A tort ou à raison, on dit souvent que les maçons font et défont les carrières dans la police. Ce sera un des non-dits de ce procès.

Nicolas Poincaré