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Deux djihadistes soupçonnés d'avoir voulu viser un meeting de Marine Le Pen devant les assises

Le procès de deux djihadistes, Clément Baur et Mahiedine Merabet, s'ouvre aux assises ce jeudi. Ils sont soupçonnés d'avoir ciblé un meeting de Marine Le Pen pour commettre un attentat "imminent" au moment de leur arrestation.

Un duo de djihadistes comparait devant la cour d'assises spéciale pour un projet d'attentat qui aurait pu cibler un meeting de Marine Le Pen en pleine campagne présidentielle en avril 2017.

Le premier, Clément Baur, 29 ans, radicalisé en prison, s'est vanté pendant sa détention d'avoir préparé le deuxième plus gros attentat déjoué en France. Au domicile de son co-accusé, Mahiedine Merabet, 35 ans, les policiers avaient découvert un véritable arsenal: une mitraillette, trois pistolets, des centaines de munitions, trois kilos de TATP - un explosif artisanal déjà utilisé lors des attentats du 13-Novembre 2015 - et une caméra GoPro montée sur un harnais.

Une hésitation sur la cible?

De quoi commettre un attentat et le filmer, comme le laisse entendre une vidéo d'allégeance à l'Etat islamique tournée et montée par les deux suspects, avec la une du journal Le Monde du 16 mars 2017 sur François Fillon. La détermination et la radicalisation du duo ne fait pas de doute mais l'instruction n'a pas permis d'établir leur cible avec certitude.

Leurs recherches internet montrent des hésitations entre saunas gays et restaurant casher de Marseille, jusqu'à cette recherche sur le meeting de Marine Le Pen, prévu le 19 avril 2017 à Marseille, le lendemain de leur arrestation. Leur arrestation a été rendue possible par une cyberinfiltration et une surveillance téléphonique. La recherche internet de Mahiedine Merabet, début avril, d'un contact pouvant transmettre à Daesh une vidéo d'allégeance, puis la réception de la vidéo d'allégeance par un enquêteur cyberinfiltré, avaient mis en alerte les services antiterroristes.

"Il ne faut pas parler avec eux, il faut les exploser"

Le 18 avril 2017, les deux hommes sont arrêtés près de l'appartement qu'ils louaient à Marseille. Lors de l'instruction, Mahiedine Merabet explique avoir envisagé "un coup d'éclat" lors du meeting de Marine Le Pen "pour faire peur", mais sans s'en prendre aux civils et récusait l'idée de faire un attentat.

Même défense pour son co-accusé, Clément Baur, qui assume son appartenance idéologique à Daesh, et qui expliquait face aux enquêteurs ne vouloir causer que des "dégâts matériels" sur des cibles institutionnelles. Ces mêmes enquêteurs ont pu en apprendre plus sur ses vraies volontés en interceptant à son insu certaines conversations qu'il a pu avoir au parloir, où il louait la stratégie de l'État islamique et sa volonté de commettre des attentats:

"Baghdadi (ancien "calife" de Daesh), il a raison, il faut pas parler avec eux, il faut juste les rafaler, les exploser".

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Baur a-t-il rencontré Abaaoud?

Clément Baur, converti à 14 ou 15 ans à l'islam au contact de la communauté tchétchène de Nice, était parti en Belgique trois ans plus tard, où il a demandé l'asile en se faisant passer pour un réfugié tchétchène. Après avoir déposé d'autres demandes en France et en Allemagne, il a été incarcéré pour détention de faux papiers, puis est entre en clandestinité avec son co-accusé en décembre 2015. Les enquêteurs sont convaincus que Clément Baur, au cours de son parcours, a fréquenté la cellule terroriste d'Abdelhamid Abaaoud, le chef opérationnel des commandos du 13-Novembre, à Verviers (Belgique), et qu'il fut en contact avec Anis Amri, auteur de l'attentat au camion sur le marché de Noël de Berlin en 2016.

A leurs côtés, dix personnes qui les auraient aidés à se procurer armes et matériel ou à s’entraîner au tir seront également jugés. Les deux accusés encourent 20 ans de prison pour association de malfaiteurs terroristes criminelle. Le verdict est attendu le 3 février.

Marion Dubreuil et Maxime Martinez avec AFP