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"Dire que ma fille vaut 55.000 euros, c'est révoltant!", dénonce la mère d'une victime de l'attentat de Nice

Peut-on mettre un prix sur une vie brisée? C'est la question que posent aujourd'hui plusieurs familles de victimes de l'attentat de Nice. L'une d'elle va déposer une requête devant le tribunal de Créteil pour contester le montant d'indemnisation qu'elle a reçu. RMC a rencontré Anne Murris, qui a perdu sa fille de 27 ans, Camille, dans l'attentat.

Y a-t-il un prix juste pour indemniser les familles de victimes d'attentats, et quel peut être ce prix des vies brisées? Cette question insoluble est posée alors qu'une femme réclame 330.000 euros d'indemnité pour avoir perdu sa mère sur la promenade des anglais, à Nice, le 14 juillet dernier. Cette femme conteste le montant des indemnisations versées par l'Etat, estimant que le préjudice économique n'avait pas été retenu. Elle compte déposer une requête devant le tribunal de grande instance de Créteil pour contester le montant définitif proposé par le fonds de garantie des victimes d'actes de terrorisme, soit 30.000 euros.

"Ma fille a le coût d'une voiture"

1.109 victimes ont déjà reçu un règlement sur un total de 2.000 personnes concernées à Nice. C'est le cas d'Anne Murris, qui a perdu sa fille de 27 ans, Camille, dans l'attentat. Elle aussi dénonce une indemnisation au rabais. "Dans un premier temps, quand on perd son enfant et qu'on sait qu'on va avoir des indemnisations, on se dit qu'on ne les veut pas, car on trouve ça scandaleux de recevoir de l'argent pour son enfant qui est perdu", raconte-t-elle sur RMC.

Mais quand Anne a reçu le courrier d'indemnisation elle l'a vécu comme une insulte: "me dire que ma fille coûte 55.000 euros, c'est révoltant! Elle a fait une école de commerce, et cette somme ne paye même pas ses trois années d'études. Pour moi, c'est le prix d'une voiture. Cette indécence ajoute à votre souffrance".

"Il faut trouver la juste indemnisation"

Un sentiment loin d'être isolé, selon Stéphane Gicquel, secrétaire général de la Fédération nationale des victimes d’attentats. "Plus que le montant, il faut s'interroger vraiment sur les méthodes de l'indemnisation. Il y a des vies qui ne seront plus jamais les mêmes, et ça, il faut le reconnaître. On ne peut le reconnaître qu'à travers l'indemnisation, c'est à dire trouver la juste indemnisation et la juste façon de faire".

Dimanche, la secrétaire d'État chargée de l'Aide aux victimes, Juliette Méadel, a tenu à clarifier la situation. "Il n'y a pas d'indemnisation de la douleur qui corresponde à la douleur. On ne peut pas, avec une réparation financière, éponger et cautériser une blessure qui est celle que l'on a lorsque l'on a perdu un enfant ou un parent", a-t-elle estimé. Non, la douleur n'a pas de prix.

P. Gril avec E. Messager et R. Poisot