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Djihad, la pièce belge qui se moque des jihadistes, déclarée d'utilité publique

Ismaël Saïdi, comédien et auteur de la pièce Djihad.

Ismaël Saïdi, comédien et auteur de la pièce Djihad. - Capture Twitter - @ismaelsaidi

Créée il y a un an en Belgique, la pièce Djihad, qui se moque des jeunes jihadistes qui se rendent en Syrie, connaît un succès grandissant en Belgique et va pour la première fois être jouée en France en janvier. Au-delà du rire, la pièce espère faire de la prévention auprès des nombreux lycéens qui viennent la voir.

Et si l'humour était une arme pour faire de la prévention et éviter que d'autres jeunes se radicalisent ? C'est le pari de Djihad, une pièce de théâtre jouée en Belgique depuis un an, et qui connaît un succès grandissant. Plus de 40.000 personnes l'ont déjà vue. Pour la première fois depuis les attentats du 13 novembre, Djihad a été rejoué en début de semaine à Bruxelles.

On y suit la trajectoire de trois jeunes belges paumés qui partent en Syrie, comme le font des centaines de jeunes français (520 seraient actuellement en Irak et en Syrie, selon un décompte du ministère de l'Intérieur datant d'octobre). Ben, Ismaël et Reda, des pieds nickelés du jihad qui se retrouvent les armes à la main, prêts à exécuter Michel, un chrétien syrien. On moque leur obéissance aveugle à des ordres idiots (au fait, pourquoi on tue ?), les quiproquos (un oiseau ?, non un drone), leur méconnaissance de l'islam (ils n'ont même pas lu le Coran)…

"Important de montrer que les jeunes ne sont pas libres là-bas"

Le public rit, même si les scènes peuvent être violentes sous les atours de l'humour. Faire rire le public, c'est bien le but d'Ismaël Saidi, l'auteur de Djihad. "Parce qu'ils n'ont pas d'humour chez Daesh. Ils n'aiment pas l'art, ils n'aiment pas l'humour. Donc on les fait chier. C'est notre arme", explique-t-il sur RMC.

Djihad montre aussi qu'en Syrie ce n'est pas une vie idéale qui attend les jihadistes, mais bien souvent la mort. Dans la salle ce jour-là pour voir la pièce, Géraldine, une mère belge. Son fils est mort en Syrie, et cette pièce lui rappelle ce qu'il lui racontait. "Oui ça ressemble à ça. C'était les combats. Des combats que certains ne voulaient pas mener. C'est important de montrer que là-bas, en fait, les jeunes n'ont pas de liberté".

Après la pièce, des débats pour "déconstruire" les préjugés

Car on ne fait pas que rire. On débat. Près de 15.000 lycéens belges ont déjà vu la pièce. Après la représentation, place à la discussion. Un débat souvent difficile. "On entend des trucs du genre: 'on a le droit de tuer ceux qui dessinent le prophète', ou 'vous les musulmans vous êtes des sauvages'", raconte Ismaël Saidi. Ces phrases, ces préjugés, il les a entendu "pleins de fois". "L'idée c'est de leur permettre de dire ça, justement. Au théâtre ils ont le droit de le dire, ils lâchent ça et nous notre boulot, c'est de déconstruire". Une façon de faire "de la prévention", admet l'auteur de la pièce.

Ce qui était autant un pari qu'un défi osé, dans un pays durement touché lui aussi par le terrorisme (tuerie du musée de Bruxelles, attentat déjoué de Verviers, capitale paralysée par une alerte maximale), est en train de devenir une réussite. Le gouvernement belge l'a déclaré d'utilité publique, et Djihad est aujourd'hui très demandé aussi en France. Plusieurs dates sont déjà prévues mi-janvier à Lyon.

Retrouvez dans cette vidéo d'Euronews des extraits de la pièce.

Philippe Gril avec Céline Martelet