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Empêcher la diffusion d'images de policiers: "Pas question d'interdire les journalistes de filmer les manifestations", assure le sénateur à l'origine de la loi

Jean-Pierre Grand, sénateur de l'Hérault, veut protéger les policiers en condamnant les personnes diffusant leurs visages, et enjoint les médias à les flouter en toute circonstances.

Comment protéger les policiers, alors que les forces de l'ordre, pointées du doigt pour leur répression parfois violente des récents mouvements de contestation, sont parfois la cible d'activistes ? Le sénateur LR de l'Hérault a un embryon de solution. Jean-Pierre Grand a en effet déposé une proposition de loi, proposant de punir de 15.000 euros d'amende "la diffusion par quelque moyen que ce soit et qu'en soit le support, de l'image des fonctionnaires de la police nationale, de militaires ou d'agents des douanes". Il entend faire modifier la loi de 1881 sur la liberté de la presse et invite les journalistes à flouter les visages des policiers sur le terrain.

Une "première étape" pour Perrine porte-parole de l’association "Femmes des Forces de l'Ordre en colère", alors que des lettres d’injures ont été envoyées au domicile de policier et que l’un d’eux a même retrouvé sa porte taguée : "Nos familles sont en danger", ajoute-t-elle dans mercredi dans les "Grandes Gueules".

Mais de quelle diffusion d’image s’agit-il ? S’agit–il de criminaliser le harcèlement et la prise d’images de policiers dans la rue, comme ce fut le cas récemment avec la condamnation d'une femme de 21 ans à 8 mois de prison ? Ou s'agit-il aussi d'interdire de filmer les forces de l'ordre en action lors de manifestations, alors que les méthodes de maintien de l'ordre sont régulièrement dénoncées ? "Je ne peux qu’adhérer à l’idée de vouloir protéger les fonctionnaires de police", estime l’avocate Marie-Anne Soubré. "Je pense cependant que c’est complètement irréalisable".

Mise en place quasi-impossible

"Nous observons des agressions et des comportements de plus en plus violents contre les forces de l’ordre. Dès lors qu’ils sont rendus identifiables ils deviennent des cibles pour leur famille. La police nous protège et nous avons le devoir de les protéger", a tenu à préciser ce mercredi dans les "Grandes Gueules" Jean-Pierre Grand, le sénateur à l'origine de la proposition de loi. 

"Il est hors de question d’empêcher les journalistes de filmer les manifestations et les scènes de violence. C’est pour ça qu’il y a un amendement de repli qui dit que lorsque les reportages sont réalisés sans l’accord de l’intéressé, la diffusion par quelques moyens que ce soit et quelqu’en soit le support je ne veux pas que ce soit possible", a-t-il assuré.

Alors comment couvrir une manifestation où les CRS sont en action: "Vous pouvez les montrer mais vous floutez leur visage", une technique quasi-impossible à mettre en place notamment lors des directs. Le Sénateur a reconnu dans les "Grandes Gueules" s'être entretenu avec les policiers mais a botté en touche concernant une consultation en amont avec les médias pour vérifier la faisabilité de son projet. En attendant, la commission des lois a décidé que la proposition était irrecevable.

Guillaume Dussourt