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Face aux suicides dans la police, Yohan et Christophe sont mobilisés: "Ce soir-là, je lui ai sans doute sauvé la vie"

Yohan et Christophe ont créé l'association SOS Policiers en détresse en novembre 2019 face au mal-être dans la profession. Ils racontent sur RMC.

Plus une manifestation ne se passe sans que des accusations de violences policières ne soient proférées. Depuis plusieurs mois, le lien entre policiers et manifestants s’est incontestablement tendu. 

Outre la situation dans les manifestations, la profession vit une crise interne avec de nombreux suicides de policiers. Déjà quatre ont été dénombrés depuis début janvier. Face à ça, Yohan, policier enquêteur, et Christophe, policier à la BAC, ont décidé de créer une association en novembre 2019 nommée "SOS Policiers en détresse". Depuis que celle-ci existe, ils estiment avoir eu plus de 6000 sollicitations 

Selon eux, si le mal-être dans la profession s’étend, c’est d’abord parce que la fonction de policier n’est plus ce qu’elle devrait être.

"On entre dans le métier par vocation et il y a une marche entre l’idée qu’on se fait du métier policier et ce qu’il est réellement. C’est aussi un travail assez machiste, un métier fort donc forcément, on a du mal a exprimé son mal-être parce qu’on n’a pas envie de montrer aux autres qu’on est faible. Tout s’accumule. On ne va pas bien au travail, on ne va pas bien à la maison et à un moment la bascule se fait et on arrive à un point de non-retour", expliquent-ils. 

"Je lui ai sans doute sauvé la vie"

Si l’association a surtout pour but d’accompagner les policiers, de leur permettre de s’exprimer librement, certaines fois ça va encore plus loin comme en témoigne Christophe, le vice-président de l’association. 

"Hier, j’ai reçu l’appel d’une fille d’une collègue qui m’a dit ‘ma mère a bu de l’alcool, elle a pris de médicaments, elle est en train de partir. Qu’est-ce que je fais?’ Là, j’ai appelé le commissariat de la ville concernée et il a fallu faire venir les pompiers en urgence. Sa fille a eu le réflexe, parce qu’elle savait que sa mère était en contact avec nous, de nous appeler directement. Je lui ai sans doute sauvé la vie, certainement", confie-t-il.

La page Facebook de l’association compte également 5000 membres. Une page où "la parole est libre".

"Les collègues peuvent exprimer leur mal-être et ils ont besoin de le faire au quotidien. Aujourd’hui, dans les médias, on ne montre qu’un faible pourcentage de ce qui peut arriver. On ne montre pas ce qui va bien", expliquent-ils. 
Guillaume Descours