RMC

Attaque de la préfecture: sur quoi va porter l'audition de Christophe Castaner par la délégation parlementaire sur le renseignement?

Après la tuerie de la préfecture, quatre sénateurs et quatre députés doivent entendre Christophe Castaner sur les dysfonctionnements du renseignement et de la sécurité.

Moins d'une semaine après l'attaque au couteau de la préfecture de police de Paris qui a fait quatre morts, le ministre de l'Intérieur est attendu mardi devant la commission parlementaire sur le renseignement.

S'il a écarté toute démission, Christophe Castaner va devoir répondre aux question de quatre sénateurs et quatre députés, afin de déterminer si il y a eu d'éventuels dysfonctionnements.

  • L'habilitation secret défense et son renouvellement

L'audition prévue mardi, va se dérouler autour de quatre thématiques. La première concernera "l'habilitation secret défense" que le suspect, fonctionnaire de catégorie C travaillant à l'informatique, avait reçu et qui devait être renouvelée en 2020.

"Quand on est habilité secret défense, on peut toucher à des données qui sont totalement secrètes et qui ne doivent être communiquées à personnes et mettent en jeu la sécurité nationale. Nous voulons notamment savoir comment on renouvelle une habilitation, car on n'est pas habilité pour toute une vie. On imagine que lorsqu'il est rentré, il n'était pas animé par les sentiments qui l'animaient dernièrement", fait savoir sur RMC Christian Cambon, sénateur du Val-de-Marne et président de la délégation parlementaire du renseignement. "L’enquête faite lors du renouvellement est-elle aussi approfondie que celle faite lors du recrutement", s'interroge-t-il.
  • La radicalisation du suspect

La seconde thématique de l'audition portera sur la radicalisation du suspect, converti à l'Islam en 2008 et dont les collègues avaient fait part de comportements particuliers pouvant être liés à une possible radicalisation. En 2015, l'auteur de l'attaque aurait justifié les attentats de Charlie Hebdo devant deux policiers sans que cela soit inscrit à son dossier administratif:

"Ce sujet va plus loin. Le suspect fréquentait la mosquée de Gonesse, où un imam fiché S a sévi et on sait qu'ils avaient des relations. Or Gonesse est dans le Val-d’Oise et ne dépend pas de la Préfecture de police de Paris. Nous allons essayer de déterminer comment se font les échanges d'informations sur des fonctionnaires aussi sensibles. Il y a des faits qui ont été mis en relation les uns avec les autres et qui ont créé un problème", explique Christian Cambon.
  • La sécurité des locaux

Employé de la préfecture de police depuis 2003, le suspect a quitté les locaux situés sur l'île de la Cité jeudi à l'heure du déjeuner pour acheter deux couteaux. C'est avec ces deux couteaux dissimulés sur lui, qu'il a pu réintégrer la préfecture et tuer quatre personnes, à la direction du renseignement de la préfecture de police "l'un des endroits les plus secret", situé en plein cœur de Paris. 

La commission parlementaire va donc demander au ministre de l'Intérieur si la sécurité des locaux pourrait être remise en cause:

"On est peut-être en présence d’un affaissement de la vigilance", explique Christian Cambon. "On voit ce personnage tous les jours, il doit badger mais peut-être rien de plus. Des policiers me disaient également qu'ils rentrent avec un sac de sport qui n'est jamais ouvert!", ajoute le sénateur.
  • À quelles informations le suspect a-t-il eu accès ?

C'est peut-être le point le plus sensible. Habilité secret défense et travaillant à la maintenance informatique de la préfecture de police, le suspect pourrait avoir eu accès à de nombreuses données sensibles. "Il pouvait circuler dans la totalité du service, rentrer dans les ordinateurs et les disques durs", précise Christian Cambon.

"À quoi ce personnage a-t-il eu accès? A-t-il transmis des données à l’extérieur y compris à l’étranger ? c’est absolument effrayant puisqu’il y a des données très confidentielles comme des noms, des adresses et l’identification de nos agents", s'inquiète le sénateur.

Si l'audition du Premier ministre s'avère insuffisante, la commission parlementaire du renseignement pourrait convoquer d'autres responsables. Une fois les auditions réalisées, la commission rendra son rapport, accompagnées de préconisations liées aux quatre thématiques abordées.

Guillaume Dussourt