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Fusillade à El Paso: la violence du débat migratoire libéralise-t-elle les crimes racistes?

Invité de Bourdin direct, Bernard Badie, professeur à Sciences Po Paris et spécialiste des relations internationales, pointe indirectement le ton de Donald Trump en tant que facteur qui libéralise les crimes racistes.

Le président américain Donald Trump va s'adresser à la nation lundi après deux fusillades qui ont fait 29 morts et relancé les critiques contre son ton incendiaire, accusé de nourrir les tensions dans le pays.

Samedi matin à El Paso (Texas), ville à majorité hispanique près de la frontière mexicaine, un homme blanc de 21 ans a ouvert le feu avec un fusil d'assaut dans un centre commercial bondé, faisant 20 morts et 26 blessés avant de se rendre. Treize heures plus tard, à Dayton (Ohio, nord-est), un homme blanc de 24 ans a abattu neuf personnes et fait 27 blessés, dont sa propre soeur, avant d'être tué par des policiers moins d'une minute après avoir ouvert le feu.

"A partir du moment où le ton est donné dans l'espace politique, alors évidemment les comportements sociaux suivent"

Donald Trump a déclaré dimanche qu'"il n'y a pas de place pour la haine dans notre pays", ajoutant: "Il faut que ça s'arrête. Ca dure depuis des années", en référence aux tueries de grande ampleur qui frappent régulièrement les Etats-Unis.

Ces deux nouvelles affaires portent à 251 depuis le début de l'année le nombre de fusillades ayant fait au moins quatre victimes, morts et blessés confondus, selon un décompte de l'ONG Gun Violence Archive.

La police soupçonne un motif raciste et traite l'affaire comme un cas de "terrorisme intérieur". Elle enquête sur un manifeste attribué au tireur et dénonçant notamment "une invasion hispanique du Texas". Invité de Bourdin direct, Bernard Badie, professeur à Sciences Po Paris et spécialiste des relations internationales, pointe indirectement la responsabilité du ton politique mis en place ces dernières années dans cette explosion de violence.

"Prenons garde, il n'y a pas qu'aux USA que les questions ethniques et migratoires deviennent une marchandise électorale"

"Les questions ethniques sont devenues une marchandise électorale. Nous sommes dans une séquence qui banalise ce genre d'expressions, et ça peut aller jusqu'à la violence absolue comme on peut le voir à El Paso. (...) A partir du moment où le ton est donné dans l'espace politique, alors évidemment les comportements sociaux suivent. Heureusement pas systématiquement sur le modèle de violence absolue."

Bernard Badie alerte que ce "nationalisme de repli et d'exclusion", on le trouve également en Europe.

"Prenons garde, il n'y a pas qu'aux USA que les questions ethniques et migratoires deviennent une marchandise électorale. Les partis et les candidats se régalent de la question, mais les populations en sont les victimes."
James Abbott