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Fausse alerte à Paris: Les swatteurs? "Ce sont des pyromanes du web"

On appelle ça le ''swatting". Et c’est un jeu qui vaut à Dylan, 16 ans, d’avoir été interpellé dans la Marne lundi, dans le cadre de l’affaire de la fausse alerte à Paris, samedi. Un sujet abordé par le psychologue Xavier Pommereau, invité de Jean-Jacques Bourdin mardi sur RMC.

Xavier Pommereau, auteur de "Le goût du risque à l'adolescence, le comprendre et l'accompagner" (Albin Michel)

"Ça ne me surprend pas hélas. J’aurais presque envie de les appeler 'les pyromanes du web'. Ce sont de jeunes incendiaires qui pour montrer qu’ils sont forts, pour être populaires sur les réseaux sociaux, pour le frisson de la transgression, produisent un maximum d’effet pour observer les réactions, comme les incendiaires. En ne prenant absolument pas conscience, comme dans les feux de forêt, des effets désastreux que ça va avoir.

Il y a quelques années, j’avais rencontré deux jeunes ados qui avaient jeté des pierres d’un pont d’autoroute et qui jouaient à faire zigzaguer les voitures. Lorsqu’ils s’étaient défendus, ils avaient dit cette chose absolument incroyable: 'Pendant qu’on jouait, on avait oublié qu’il y avait des gens dans les voitures'. C’est l’inconscience totale. C’est malheureusement quelque chose qui n’est pas nouveau mais qui est démultiplié par les effets d’internet. Ça s’est rependu comme une traînée de poudre.

"Ce sont encore des grands enfants, avec une inconscience, une immaturité"

Ce qui est frappant, c’est que les adolescents sont à la fois très mûrs sur certaines choses, comme la sexualité, ou l’usage du net. Et puis à côté de ça, ce sont encore des grands enfants, avec une inconscience, une immaturité. Par exemple, ces jeunes-là, ils ont cru être anonymes et du coup invulnérables, en se cachant par l’intermédiaire de serveur parce que ce sont de petits geeks astucieux. Et en même temps ils se sont répandus sur les réseaux sociaux pour être populaires et montrer à leurs copains combien ils avaient réussi leur coup. C’est complètement immature.

Ils sont habillés comme des grands, ils ont des pratiques de grands, mais ils sont encore petits. Donc ils ont absolument besoin que les adultes continuent à les accompagner. C’est absolument essentiel. Il faut évidemment que les parents acceptent de lâcher un peu leur ado pour le laisser tester des choses dans un espace mesuré. Mais il ne faut pas qu’on accable les parents. Ce sont les adultes du corps social aussi qui ne jouent plus leur rôle. Les parents sont laissés trop seul. Ils les adorent, les couvent sans mesurer qu’il faut aussi prendre du risque.

Il faut pouvoir s’appuyer sur d’autres adultes: des membres de la famille, des enseignants, des encadrants, capables d’intervenir et de les aider à définir cet espace d’évolution. Le slogan des ados aujourd’hui c’est ‘lâchez-nous’ en parlant aux parents… Mais surtout ne nous laissez pas. Et ça c’est quelque chose qu’on doit entendre.’’

AM