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Faut-il starifier les repris de justice?: "Pour certains, il ne faut pas leur montrer d'intérêt"

Si Dominique Rizet, le spécialiste police\/justice de BFMTV, on peut échanger et écrire pour certains anciens braqueurs, il est impossible de le faire avec des criminels. Il raconte ainsi avoir refusé l'offre de Youssouf Fofana, le chef du gang des barbares qui lui proposait d'écrire sa biographie.

Tandis que Yunice Abbas, le sexagénaire mis en cause dans le braquage de la star Kim Kardashian et le vol de plusieurs de ses bijoux en 2016 à Paris, assure la promotion médiatique de son livre racontant les dessous de l'affaire, l'opinion publique s'interroge: faut-il starifier les gangsters, braqueurs et autre malfrats? Pour le braqueur de 67 ans, c'était essentiel de s'exprimer, même avant son jugement: "A cause du tapage médiatique, beaucoup de choses ont été dites alors qu’elles ne se sont pas faites. On a parlé d’agressions sexuelles sur sa personne alors qu’on n’a jamais fait ça", défendait-t-il ce jeudi sur le plateau des "Grandes Gueules".

Et il n'est pas le premier à le faire. Avant lui, Redoine Faïd, le braqueur multirécidiviste de l'Oise, connu pour ses évasions spectaculaires, arrêté en octobre 2018 après 13 semaines de cavale, qui publiait en 2010, "Braqueur : des cités au grand banditisme". Il avait dans la foulée assuré la promotion de son livre sur les plateaux télévisés, quelques années avant de replonger dans les braquages et d'être à nouveau condamné.

"La différence c’est qu’à l’époque, Redoine Faid avait purgé ses peines de prison. L’homme impliqué dans le braquage de Kim Kardashian n’a lui toujours pas été jugé. Cela me choque un peu. J’ai l’impression plutôt que les héros, ce sont les policiers qui après plusieurs semaines d’enquête ont remonté la filière et arrêté les braqueurs", défend de son côté Laurent Neumann.

Pour Emmanuel Lechypre, on ne peut pas donner aux gens que des bonnes nouvelles et une vision aseptisée de la société: "C'est intéressant de comprendre le parcours de repris de justice, savoir d'où ils viennent, cela nous renvoi un miroir de notre société. 

Quand Youssouf Fofana, le chef du gang des barbares, demande à Dominique Rizet d'écrire sa biographie

"Le braqueur, ce n'est pas l'un des plus méchants. Le braqueur c'est une légende dans une prison, le mauvais personnage c'est le violeur et l'agresseur de femmes et d'enfants", raconte Dominique Rizet, expert police-justice de BFMTV. Mais "tous les braqueurs ne sont pas des Robins des Bois", nuance le journaliste qui prévient: "Je ferais la différence entre ces gens-là et d'autres". Car il y a six mois, c'est une lettre de Youssouf Fofana, le chef du gang des barbares, condamné à la perpétuité en 2009 pour l'enlèvement, la séquestration, la torture et le meurtre d'Ilan Halimi, un jeune enlevé en 2006 car juif, que Dominique Rizet a reçu. 

"Il m’a envoyé une lettre en me demandant si je voulais l’aider à écrire sa biographie qui deviendrait un film me proposant de partager les droits d’auteur. Je ne voulais pas le faire mais je voulais quand même lui répondre ‘non merci’. Au final je n’ai pas répondu, ce serait lui montrer que j’ai de l’intérêt pour lui et il ne faut pas le faire".
"Ce n’est pas possible d’écrire le bouquin de Youssouf Fofana après ce qu’il a fait, ce n’est pas possible qu’il en écrive un après ce qu’il a fait. C’est comme si Loïc Vampal qui a tué le petit Tony à coups de pieds, écrivait son livre. Il ne faut pas associer son nom avec le nom de quelqu’un comme Youssouf Fofana, Loïc Vampal, Michel Fourniret", plaide le journaliste.

En attendant son jugement, la tournée médiatique de Yunice Abbas lui a desservi. Les avocats du veilleur de nuit de l'hôtel où logeait Kim Kardashian et qui travaillait la nuit du braquage, ont obtenu "la saisie conservatoire des droits d'auteur", sur le livre du braqueur. Les neuf millions d'euros de bijoux de la star américaine, restent eux introuvables.

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Guillaume Dussourt