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Incidents en Corse: "Ce n’est pas de la violence, c’est un combat politique" selon un indépendantiste

Des heurts ont éclaté ce dimanche après un rassemblement devant une caserne de CRS près de Bastia. Les manifestants accusent les CRS de la caserne de Furiani d'avoir chanté la Marseillaise à l'heure où la Corse enterrait Yvan Colonna. Pour l'élu indépendantiste Paul-Felix Benedetti, invité d'"Apolline Matin" ce lundi sur RMC, les heurts des dernières semaines en Corse sont l'expression d'un "combat politique".

Des heurts ont éclaté ce dimanche devant une caserne de CRS, près de Bastia. Face à des Corses de tout âge et une forêt de drapeau, le cantonnement de CRS de Furiani faisait office de place-forte. Des organisations indépendantistes avaient appelé à un rassemblement après la diffusion d'une vidéo où l'on entendrait des CRS chanter la Marseillaise vendredi pile à l'heure des obsèques d'Yvan Colonna, même si la date de l'extrait n'a pas été authentifiée.

"Pour moi, c'est de la provocation, je suis Corse, je soutiens ma Corse et je suis indignée. C'est la goutte d'eau", assurait à RMC Marie-Josée. Et dans la foulée, le rassemblement a bel et bien dégénéré. Aux jets de pierres et de cocktail molotov, les forces de l'ordre ont répondu avec des gaz lacrymogènes.

Sept manifestants et deux CRS légèrement blessés

"On va dans l'escalade de la violence quand on va dans la provocation. Les mouvements ont tous commencé comme étant des rassemblements spontanés, des manifestations de lycéens, des blocus, qui ont tous dégénéré face à l'escalade des violences du côté des forces de répression", explique à RMC Liviu, secrétaire de section des Juventud comunista, la jeunesse communiste corse.

"À l’instant même où toute la Corse se recueillait en mémoire d’Yvan Colonna, ils ont crié et chanté, ils ont été insultants et dans le mépris", renchérissait ce lundi sur RMC, Paul-Felix Benedetti, président du groupe indépendantiste Core in Fronte, à l'Assemblée de Corse. "Je sais qu’ils ont été sermonnés en interne", ajoute-t-il.

Après la manifestation, le bilan était de deux blessés légers parmi les forces de l'ordre, sept chez les manifestants. "Qu'on soit nationaliste ou pas, ils n'ont pas à faire ça. On est révoltés et on voit la réaction de la police en face: on s'est approchés et ils ont directement envoyé, ils n'ont pas regardé s'il y avait des familles, c'est plus pour casser du Corse qu'autre chose", assure un manifestant corse à RMC.

"C’est un combat politique qui utilise les moyens de la rue"

Depuis l'agression d'Yvan Colonna à la prison d'Arles, où il était détenu pour le meurtre du préfet Erignac en 1998, la Corse est en proie à de violents heurts à Bastia et Ajaccio notamment. "Ce ne sont pas des violences, c’est l’exutoire d’un combat populaire, c’est la rue qui s’exprime parce qu’il y a la faillite du respect de la démocratie. Ce n’est pas de la violence, c’est un combat politique qui utilise les moyens de la rue", estime Paul-Felix Benedetti.

Des violences à quelques semaines de l'élection présidentielle qui ont poussé le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin à évoquer "l'autonomie" de la Corse. "On ne voudrait pas que ce soit des promesses à dix jours de l’élection pour gagner un peu de tranquillité", déplore l'élu indépendantiste Paul-Felix Benedetti, qui plaide pour une autonomie comme celle des îles espagnoles, italiennes et portugaises.

"Il est temps que ce grand pays qu’a été la France prenne la mesure que ce qu’on demande n’est pas discriminant, n’est pas impossible. L’irrationalité vient du centralisme permanent qui ne veut pas comprendre qu’on a besoin de parler corse, même à l’Assemblée, et qu’on n’a pas besoin d’avoir un préfet qui vient déférer des délibérations parce qu’il y a du corse au milieu", conclut-il.

Maxime Levy avec Guillaume Dussourt