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Militaires morts au Mali: après les caricatures polémiques, Charlie Hebdo défend son "esprit satirique"

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Les cinq caricatures du journal satirique ne passent pas dans les rangs de l'armée, alors qu'un hommage national aux treize victimes de l'accident d'hélicoptères au Mali doit avoir lieu lundi.

Des dessins qui ne passent pas. Avant la cérémonie en hommage aux treize soldats morts dans un accident d’hélicoptères au Mali, le chef d'état-major de l'armée de terre, Thierry Burkhard a écrit une lettre ouverte à l’attention du directeur de publication de Charlie Hebdo, dans laquelle il critique fortement les dessins parus sur le site internet du journal satirique :

"Le temps du deuil des familles a été Sali par des caricatures terriblement outrageantes", assure-t-il en référence aux parodies d’une campagne de recrutement de l’armée de Terre publié par l’hebdomadaire. On peut par exemple voir le Président devant un cercueil nappé du drapeau français avec écrit en jaune "j’ai rejoint les rangs pour sortir du lot", avec à chaque fois la mention "l’armée de terre recrute" comme les véritables affiches de publicités.
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"L’honneur des dessinateurs devraient les conduire à respecter ceux qui souffrent"

"À titre personnel je trouve ces dessins ignobles, au moment où ces gens sont morts pour la sécurité des français et deux qui ont fait ces dessins d’ailleurs, mériteraient le recueillement et le remerciement, assure à RMC le général Vincent Desportes, ancien directeur de l’école de guerre.

"Je respecte complètement la liberté de la presse mais l’honneur des dessinateurs devraient les conduire à respecter ceux qui souffrent et ceux qui se battent", ajoute-t-il.

"Notre journal se doit de rester fidèle à son esprit satirique, parfois provocateur"

Dimanche, le directeur de Charlie Hebdo a défendu "l'esprit satirique" du journal tout en reconnaissant "l'importance du travail (des) soldats français pour lutter contre le terrorisme", en réponse au chef d'état-major de l'armée de terre. 

A la veille de l'hommage national, Riss écrit que "notre journal se doit de rester fidèle à son esprit satirique, parfois provocateur".

"Cependant, je tenais à vous dire que nous sommes conscients de l'importance du travail effectué par les soldats français pour lutter contre le terrorisme," poursuit le patron de l'hebdomadaire, lui-même blessé en janvier 2015 lors de l'attaque terroriste contre le journal.

Après l'accident des militaires, l'hebdomadaire à la longue tradition antimilitariste a publié en ligne cinq dessins associant ces décès à une campagne de recrutement récemment lancée par l'armée française. L'un montre ainsi le président Emmanuel Macron debout devant un cercueil recouvert du drapeau bleu-blanc-rouge et surmonté d'un des slogans de cette campagne: "J'ai rejoint les rangs pour sortir du lot".

Riss "exprime (ses) condoléances aux familles et aux proches endeuillés" et remercie le général pour son invitation à la cérémonie aux Invalides, "à laquelle (il) ne pourra cependant pas assister".

"Nous savons que leur mission (des soldats français) est difficile et qu'ils font face à des ennemis sans pitié. Ces dessins n'avaient pas pour but de douter de leur courage et de leur détermination", ajoute-t-il. "Mais notre journal se doit de rester fidèle à son esprit satirique, parfois provocateur. Cela ne signifie nullement qu'il mésestime le dévouement de ceux qui se battent pour défendre des valeurs au service de tous. Nous tenions à vous le dire ainsi qu'aux familles des victimes," conclut-il.
Maxime Brandstaetter