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"On n’est pas satisfait de la justice": Bryan, un des enfants de la "maison de l’horreur", témoigne

Dans "Apolline Matin" ce mercredi sur RMC et RMC Story, Bryan, l’un des enfants de la "maison de l’horreur" à Noyelles-sous-Lens (Pas-de-Calais), témoigne et déplore la faible réaction de la justice.

Une "maison de l’horreur" pour dix enfants dans le Pas-de-Calais, à Noyelles-sous-Lens. Les mineurs ont été placés en urgence et les parents, accusés de violences, ont été mis sous contrôle judiciaire, avant d’être jugés le 24 janvier prochain. Bryan (21 ans), l’un des enfants, assure avoir "vécu l’horreur" et avoir assisté à des scènes de maltraitances multiples.

"On m’a mis dehors à 19 ans, raconte-t-il dans ‘Apolline Matin’ ce mercredi sur RMC et RMC Story. Il y a eu des violences physiques, des coups de pied, de poing, des jets de projectiles, comme des chaussures de sécurité, des coups de bâton. J’ai eu des punitions sévères comme trois, quatre heures à genoux, à même le sol. Si on bougeait, si on avait le malheur de se mettre assis, on se faisait tout de suite taper. Je vivais aussi l’horreur de voir mes frères et sœurs se faire taper, lyncher. Et l’homophobie au foyer, car mon grand frère est homosexuel. Je vivais l’horreur de nous faire tout simplement insulter par nos propres parents, de voir mes petits frères attachés à une poussette, mes petites sœurs attachées à une chaise pleine d’excréments… Toutes ces formes de physiques et verbales pendant toutes ces années."

Selon Bryan, ses parents ont réussi à éviter des sanctions en mettant sous pression les enfants avant les contrôles des services sociaux. "Il y a eu trois signalements, avant le mien, explique-t-il. Ils opéraient de la même façon. Ils prévenaient deux semaines en avance. Quand ils arrivaient, mes parents nous briefaient, nous expliquaient qu’il ne fallait pas dire ce qu’il se passait à la maison, qu’il fallait dire que tout allait bien, que c’est nous qui faisions les bêtises, qu’ils ont du courage avec nous parce qu’on n’est pas des enfants faciles, que si on racontait ce qu’on vivait, on finirait dans un foyer en étant tous éloignés les uns des autres… On disait que tout se passait bien, qu’il n’y avait aucune violence, que c’était nous qui n’étions pas faciles à vivre."

"On est en train de passer de victimes à accusés"

Après la révélation de cette affaire, Bryan est "soulagé" pour ses petits frères et petites sœurs, qui sont désormais à l’abri des violences parentales. Mais il ne comprend pas la réaction du procureur de la République de Béthune, Thierry Dran, qui a tenu à réfuter l’expression "maison de l’horreur". "On n’a pas d’enfants couverts d’excréments comme j’ai pu le lire partout. Ce qui est certain, c’est qu’ils étaient sales, et qu’il y a eu des manquements indéniables", a estimé le procureur devant la presse. Une position qu'il maintient, se basant sur les constatations des médecins légistes, qui n'ont pas relevé de traces de coups lorsqu'ils ont examiné les enfants.

"Aujourd’hui, on n’est pas satisfait, répond Bryan. Pas satisfait de savoir mes parents libres, pas satisfait de la peine encourue, pas satisfait de la justice actuelle. Les propos du procureur nous ont extrêmement choqués. Ils n’ont pas vécu un quart de ce que les petits ont pu vivre dans cette maison. Je ne le souhaite même pas à mon pire ennemi. On a vécu des années terribles."

"Vu les propos du procureur, ce n’est qu’un manquement, mais pour moi, un manquement, je ne sais pas si c’est assez fort. Maltraitance, je ne sais pas si c’est un mot assez fort, pas du tout je pense. Il n’y a pas de familles avec des manquements qui font ça à leurs enfants, souligne Bryan. Je n’ai encore jamais entendu, ni vu, des histoires similaires. Ils encourent deux ans de prison. On sait qu’ils ne vont pas les condamner à ces deux ans de prison. Ils veulent leur mettre 30.000 euros d’amende maximum, on sait qu’ils ne les paieront pas, parce qu’ils ne sont pas redevables. On est en train de passer de victimes à accusés."

LP