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"On se fait piller": face aux vols, des magasins affichent illégalement les visages des suspects

Plusieurs magasins victimes de vols à répétition ont décidé d'afficher les contrevenants sur les réseaux sociaux en montrant leur visage. Une pratique illégale qui témoigne du ras-le-bol de certains commerçants.

Une démarche illégale en forme de "coup de gueule". À Forbach, en Moselle, le gérant d’un magasin a diffusé sur les réseaux sociaux les images d’un vol commis dans son établissement et permettant d’identifier les suspectes.

"Nous n’en pouvions plus, il fallait réagir. S’il faut recommencer demain, je le ferai, au moins les gens sont prévenus", raconte le gérant du magasin au Parisien.

Une technique illégale qui a pourtant porté ses fruits, les voleuses ayant dans la foulée rapporté les marchandises volées. Mais la loi sur la vidéosurveillance interdit d’utiliser ces images "à d’autres fins que celles pour lesquelles elles sont autorisées et de faire accéder des personnes non-habilités à ces images". Et qualifier quelqu’un de voleur peut relever de la diffamation.

En "bandes organisées"

En cas de contravention, la peine est lourde: trois ans de prison et 45.000 euros d’amende. Et cela peut être accompagné d’une peine d’un an de prison et 45.000 euros d’amende pour atteinte à la vie privée.

Malgré les risques, ce n’est pas la première fois qu’une telle histoire a lieu. En mars dernier, les gérants d’une grande surface dans le Tarn-et-Garonne avaient affiché les voleurs du mois avec des captures d’écran de la vidéosurveillance.

"On se fait piller", témoigne ce jeudi sur RMC et RMC Story Nicolas, gérant d’un supermarché dans les Hauts-de-France. "On passe notre temps à faire des relectures sur les bandes-vidéo afin de choper les bandes organisées. Certains ont des vêtements totalement en aluminium pour que cela ne sonne pas aux portiques", raconte-t-il.

"On paie 5.000 euros mensuels d’agent de sécurité. Quand on appelle la police, je pense que malheureusement, ils ont autre chose à faire que ça. Quand on fait des lettres types, c’est classé sans suite, donc je suis pour mettre le visage des voleurs sur les vitrines", assure Nicolas dans "Estelle Midi".

"S’il y avait une réponse pénale, ces personnes seraient freinées"

"Cela m’est même arrivé de retomber sur une équipe qui revendait nos marchandises sur les réseaux sociaux. On les a invités à nous 'relivrer' en se faisant passer pour des acheteurs, j’ai mis la police dans la boucle et on a réussi à les faire venir sur un parking et les choper avec la police", raconte le gérant du supermarché.

"On entend enfin les victimes", se félicite de son côté Benoît Barret, secrétaire national adjoint du syndicat de police Alliance. "S’il y avait une peine, une réponse pénale qui était appliquée, ces personnes qui s’organisent pour voler seraient freinées", estime-t-il.

"Il y a évidemment l’amende mais il y aussi le préjudice pour le commerçant dont le produit n’est jamais remboursé. Ce cri d’alarme, il faut que la société l’entende pour se dire que lorsqu’une personne commet une infraction, il faut que cela soit suivi d’effet", ajoute le fonctionnaire, invitant à appeler la police et déposer plainte systématiquement.

G.D.