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"On va finir par faire la justice nous-mêmes": à Dijon dans un quartier miné par le trafic de drogue, la révolte gronde

À quelques minutes du centre de Dijon, depuis un an, cette résidence est troublée par le trafic de drogue. Des dealers qui ont investi les halls et cages d'escaliers, faisant vivre un cauchemar aux habitants.

À Dijon, la résidence Debussy dans le quartier de Greuze, est troublée depuis un an par le trafic de drogue, comme dans de nombreuses villes moyennes. Des dealers ont investi les halls et cages d'escaliers, faisant vivre un cauchemar aux habitants.

Alors dans le centre social du quartier, une poignée d'entre eux sont réunis la boule au ventre pour parler de la situation dans leur résidence: "On voit les voitures qui arrivent, les gens qui descendent qui vont chercher leur drogue qui repartent, n voit tout le trafic et c’est sous nos yeux, comme si on n’était pas là", raconte Camille, une habitante du quartier âgée de 65 ans.

De l’autre côté de la table Amel, père de famille, décrit lui une emprise psychologique sur les habitants: "Les entrées les sorties, c’est eux qui les contrôlent. Si un étranger vient, ils vont lui demander où il va. On a la rage, on est impuissant", déplore-t-il.

"Je dormais dans le salon avec une barre de fer pour prévenir de toute intrusion"

Un mal-être qui s’est accentué pendant le confinement. Beaucoup sont restés chez eux, confrontés quotidiennement aux dealers. C’est le cas de Brahim qui dit avoir vécu l’enfer: 

"Je dormais dans le salon avec une barre de fer pour prévenir de toute intrusion. On avait nos poignées qui s’abaissaient pour voir si la porte était bien fermée à clé. Quand vous décidez de ne pas adhérer à leurs idées, ils vous pourrissent littéralement la vie. Ils vous crèvent les pneus, ils fracassent les fenêtres de voiture, ils abiment les boites aux lettre, on ne sait pas pourquoi. C’est un truc infernal", raconte-t-il.

"S’ils n’arrêtent pas, on va se mettre à plusieurs et cela va dégénérer"

Si certains baissent la tête, d'autres ont décidé de réagir. Ils ont écrit à Dijon Habitat leur bailleur, au maire, au préfet et même au président de la République. En vain. Des habitants tellement désabusés qu’ils pensent même parfois à une solution radicale: "On va faire la justice nous-mêmes. S’ils n’arrêtent pas, on va se mettre à plusieurs et cela va dégénérer", prévient Béa, une habitante.

Situé à côté du parc de la ville, le quartier semble pourtant très tranquille: "Ce quartier n’était pas connu pour être difficile. L’action de la police qui vient déranger les réseaux dans les quartiers difficiles fait que certaines branches du réseau viennent s’installer ailleurs, dans des zones plus tranquilles, plus résidentielles, pour pouvoir prospérer", explique Stephan Ragonneau secrétaire général du syndicat Alliance.

Le policier explique également que la configuration du quartier est propice au trafic de drogue, notamment parce qu’il est facilement accessible en voiture. À cour de solution, les habitants eux, menacent de ne plus payer leurs loyers.

Florian Chevallay (avec Guillaume Dussourt)