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Pédophilie: "Il faut que l'Eglise prouve qu'elle est capable d'assumer ses responsabilités"

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Le pape François est en Irlande ce weekend. Officiellement, il vient clore la rencontre mondiale des familles à Dublin mais officieusement, sa tâche est hautement plus délicate.

Une mission délicate attend le souverain pontife. Le pape François va tenter de renouer du lien et redonner confiance aux Irlandais dans l’Eglise catholique, qui s’est retrouvée au cœur de plusieurs scandales retentissants au cours des dernières années. Principalement des affaires de pédophilie perpétrées par des prêtres. Il devrait donc rencontrer en toute discrétion des victimes de ces abus.

Premières accusations dans les années 80

Les premières accusations d'abus sexuels sont apparues dans les années 80 en Irlande. Pendant des décennies, les dirigeants de l’Eglise catholique auraient couvert des centaines de prêtres pédophiles.

Selon une des commissions d’enquête mises en place, les abus sexuels étaient endémiques dans les institutions pour garçons. Les autorités religieuses savaient, mais traitaient ces affaires en interne.

D'autres dossiers ont depuis fait surface: jeunes filles réduites en esclavage, adoptions illégales, fosses communes contenant des centaines de nouveau-nés, les scandales visant l'Eglise se succèdent.

Le souverain pontife devra donc marcher sur des œufs pendant sa visite, d’autant plus que les nouvelles affaires d'abus sexuels commis par des prêtres aux Etats-Unis, au Chili et en Australie, ont ravivé les blessures des Irlandais.

"Il faut que le pape dise la vérité"

Colm O’Gorman est directeur exécutif d'Amnesty International Irlande et lui-même victime d'abus par un prêtre. Il n'est pas satisfait par les démarches du pape pour lutter contre la pédophilie dans l'Eglise, et l'appelle à prendre ses responsabilités.

"Il faut que le pape dise la vérité. Qu’il admette et reconnaisse le fait que l’Eglise catholique romaine a couvert les crimes de prêtres à un niveau global et sous l’autorité du Vatican. Qu’elle a laissé des enfants, des femmes et des adultes vulnérables entre les griffes de prêtres prédateurs en sachant qu’ils encouraient un danger. Ce n’est pas suffisant que le pape nous dise qu’ils vont enfin changer la culture, ou la loi, ou les pratiques au sein de l’église. Il faut plutôt que l’église prouve qu’elle est capable d’assumer ses responsabilités".

"La tolérance zéro a été édictée par Benoit XVI donc ça commence déjà à dater de plusieurs années"

Patrice de Plunkett est journaliste et auteur du livre, Cathos, ne devenons pas une secte, aux éditions Salvator. Il estime que le pape François est limité dans sa capacité d'action, alors que les règles pour mieux profiler les futurs prêtres existent.

"Le pape est un peu encerclé au Vatican par les plus conservateurs des bureaux de la Curie romaine qui n’aiment rien de ce que fait ce Pape. Il n’a pas les courroies de transmission qui lui permettraient d’accomplir dans l’Eglise la révolution qu’il souhaite accomplir. Beaucoup de choses ont été faites contre la pédophilie, des décisions ont été prises mais elles ne sont pas encore assez appliquées. La tolérance zéro a été édictée par Benoit XVI donc ça commence déjà à dater de plusieurs années".
Edouard Dufrasne (avec C.P.)