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Plan de lutte contre le trafic de drogue à Marseille: pas le premier, pas le dernier?

EXPLIQUEZ-NOUS - Emmanuel Macron se rendra à Marseille la semaine prochaine pour annoncer un plan de lutte contre la drogue, quelques jours après les règlements de compte du week-end dernier. Voici ce que prévoit ce plan qui est loin d'être le premier.

Le plan de lutte contre la drogue à Marseille prévoit d’abord une enveloppe, un milliard d’euros, ce qui est considérable pour une seule ville. Le chiffre a été communiqué par Benoît Payan, le maire de Marseille. Un milliard pour des rénovations urbaines, des réhabilitations de bâtiments, pour l’amélioration des transports, on sait qu’il y a un énorme problème de liaison entre les quartiers nord de Marseille et le reste de la ville.

Il n’y a, à Marseille, que deux lignes de métro alors que la ville est deux fois plus étendue que Paris. Un métro inauguré il y a 45 ans et jamais amélioré depuis, comme si les élus depuis des années précédentes n’étaient pas mécontents que les habitants des quartiers nord restent dans les quartiers nord. Le plan va donc financer de nouveaux transports collectifs.

L’argent ira aussi vers l'éducation. Il est prévu de mettre le paquet sur l'école, sur les bibliothèques, les gymnases et les piscines. Il y a 500 écoles à Marseille et presque autant qui ont besoin d'être rénovées.

Et un volet majeur: la sécurité

Ces mesures arrivent après un été meurtrier, après les règlements de comptes entre dealers, les enlèvements, la mort par balle d’un gamin de 14 ans. “On va pilonner les trafiquants”, a dit mardi le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal sur RMC.

Le ministre de l'Intérieur annonce des renforts de police et de gendarmerie. Combien ? On ne sait pas, on n’a pour l’instant que les grandes lignes, les détails et les chiffres seront annoncés par Emmanuel Macron depuis Marseille la semaine prochaine. D'après les informations du service politique de RMC il pourrait rester plusieurs jours dans la ville de mercredi à samedi prochain. 4 jours pour marquer le coup.

C’est loin d'être le premier plan pour lutter contre la drogue à Marseille

C’est peu de le dire ! Les plans banlieues sont une spécialité française. On en a connu 10 en 40 ans, et souvent expérimentés à Marseille. Il y a deux ans, 4 ministres d’Emmanuel Macron étaient venus à Marseille présenter un plan national anti-drogue avec l’annonce de renforts de police.

En 2013, Manuel Valls, ministre de l'Intérieur, avait créé deux zones de sécurité renforcée à Marseille, mais deux ans plus tard lorsqu’il était revenu comme Premier ministre pour saluer une baisse de la délinquance, des tirs de kalachnikov avaient retenti dans la cité de la Castellane juste avant son arrivée.

François Hollande a aussi eu un “plan Marseille”, Nicolas Sarkozy un plan Marshall pour les banlieues.

Résultats décevants

Tout ça pour quel résultat ? Pour ne jamais atteindre l’objectif principal qui est de faire reculer les trafics de drogue. Trafics qui se sont au contraire enracinés dans la ville. L’emprise des dealers sur les cités est très bien racontée dans un papier du correspondant du Monde à Marseille, Luc Leroux.

Il explique que les trafiquants recrutent des jeunes toujours plus jeunes. On a aujourd'hui des guetteurs de 12-13 ans qui embauchent pour les aider des petits de 9-10 ans. Il raconte les menaces placardées sur les murs qui disent: "Si vous coopérez avec la police, nous le saurons."

Mais aussi les dealers qui peuvent glisser des billets de 50 euros dans toutes les boîtes aux lettres d’une cage d’escalier pour se faire accepter, ou bien qui distribuent de l’aide alimentaire.

C’est cet ancrage qu’il faut combattre, et un milliard d'euros ne sera pas de trop.

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Nicolas Poincaré (avec J.A.)