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Policière noyée dans la Seine: deux policiers mis en examen pour "homicide involontaire"

INFORMATION RMC - En janvier 2018, une jeune policière de la brigade fluviale de 27 ans disparaissait dans la Seine lors d’un exercice. Selon nos informations, l’enquête a démontré une série d'erreurs d’appréciations de la part de deux policiers qui encadraient cet entraînement.

"Inimaginable”, "irréalisable”: ce sont les mots employés par certains plongeurs de la brigade fluviale pour qualifier l'exercice réalisé le 5 janvier 2018, à cet endroit, dans le bras de la monnaie, réputé “difficile”, alors que la Seine est en crue. Amandine Giraud, est alors plongeuse habilitée depuis seulement trois semaines.

Rapidement l’enquête a démontré une série d'erreurs d’appréciations: tant sur la tenue même de l’exercice, en pleine crue de la seine (3m21) avec un débit deux fois plus important qu’un hiver normal, tant que sur le sauvetage d’Amandine. 

Selon ses collègues, elle présentait d’importantes lacunes, sa hiérarchie s’était déjà opposée à ce qu’elle effectue certaines plongées compte tenu du débit de la seine trop important pour son niveau. 

Avec “un équipage novice” sans avoir testé la faisabilité de l’exercice, “c’est de l’inconscience” ajoute un spécialiste de la plongée. Selon un expert, le courant très violent rendait “totalement impossible la descente en immersion”.

Une fois à l’eau, Amandine Giraud est vite en difficulté. Un deuxième plongeur est envoyé pour l’aider, mais sans bloc de plongée, ni tuba. Le moniteur et le chef de bord, tous deux mis en examen, en janvier puis en mars dernier, n’avaient pas leur équipement de plongée à bord pour intervenir. 

Pour sauver Amandine, le moniteur prend la décision de larguer la ligne de vie, une corde qui relie Amandine au bateau, pensant la libérer du "courant très violent" qui l'entraîne. Mais au lieu de dériver, Amandine coule. De l'avis d'un expert et de certains collègues, la corde n'aurait pas dû être lâchée, et il aurait fallu démarrer le bateau pour lui donner du mou et récupérer Amandine.

Une analyse “de mauvaise foi” répond le moniteur face au juge d’instruction. Son avocat n’a pas souhaité faire de commentaire quant à la mise en examen de son client.

“Je n’ai rien eu à redire", admet de son côté le chef de bord, "car je n’avais pas d’autre solution”. Il aurait dû s’opposer à l’exercice selon l'enquête administrative. Depuis il a changé de poste, son avocate décrit un homme "totalement dévasté".

Le corps de la jeune policière de la brigade fluviale de 27 ans a finalement été retrouvé presque 4 mois plus tard.

Selon la procédure administrative classique, les deux policiers mis en examen pour "homicide involontaire" devraient passer devant un conseil disciplinaire dans le courant du mois de juin.

Gwladys Laffitte