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Rémy Daillet, figure du complotisme derrière l'enlèvement de Mia? "On sous-estime leurs moyens d'action" prévient une historienne

Ancien cadre politique du MoDem et évoluant désormais dans la sphère complotiste, Rémy Daillet est sous le coup d'un mandat d'arrêt pour sa présumée participation à l'enlèvement de la petite Mia.

Il est désormais l'homme au cœur de l'affaire Mia, la fillette de 8 ans enlevée la semaine dernière lors d’une opération savamment orchestrée. Un mandat d'arrêt international a été lancé mardi à l'encontre de Rémy Daillet, cet ancien représentant local du ModeM, aujourd’hui devenu une figure du mouvement complotiste. Cet homme qui vivrait aujourd'hui en Malaisie, est soupçonné d'avoir contribué à l'organisation et au financement du rapt de la fillette, retrouvée avec sa mère en Suisse quelques jours après.

"Il est connu dans les milieux complotistes", assure une association de lutte contre les sectes. Il prône aujourd’hui un renversement de l'État et une dissolution de toutes les institutions et il est particulièrement actif dans la critique de l’éducation, il conseille des parents et critique vivement l’école. Et en ce qui concerne l’enlèvement de la petite Mia, il a sa vision bien à lui de l’affaire: 

"C'est le cas classique d'une justice qui dérape et qui parle d'enlèvement alors qu'il y a une restitution d'enfant à la maman qui le demande et qui manifestement devrait avoir gardé son enfant et à qui on l'a enlevé de manière indue et illégitime. Un placement abusif comme il y en a des milliers et des milliers chaque année en France", assurait-il mardi sur BFMTV.

"Qu’ils m’arrêtent, j’écrirai mon livre en prison et je fomenterai de là, la révolution"

Quand on lui demande, il ne nie pas avoir participé à l’enlèvement, il se contente de dire que c’est un devoir “de prêter secours” aux parents qui voient leur enfant placé. Si la justice française à de sérieux doute à son encontre c’est notamment car certains des hommes arrêtés dans l’affaire se revendiquent "de la mouvance" de Rémy Daillet, et que les enquêteurs ont des éléments qui l'impliqueraient dans l’organisation de l’enlèvement.

Provocateur il a réagi au mandat d’arrêt international émis contre lui en lançant "qu’ils m’arrêtent, j’écrirai mon livre en prison et je fomenterai de là, la révolution…"

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"Ils sont prêts à tout mettre en œuvre pour faire passer leurs idées"

"On a une tendance à assimiler le complotisme à un phénomène sectaire mais c'est surtout un logiciel politique et une idéologie et que Rémy Daillet est simplement une figure idéologique qui prône des idées sur internet avec une communauté. Mais Rémy Daillet n'est pas du tout le seul, il y en a des centaines, des milliers", prévient Marie Peltier, historienne et enseignante à la Haute école Galilée de Bruxelles et auteure.

"On sous-estime leurs moyens et aussi leur vision politique, ils sont prêts à tout mettre en œuvre pour faire passer leurs idées et défendre leur vision du monde. On est dans le militantisme", ajoute-t-elle.

Et le phénomène n'est pas nouveau. Il existerait depuis plus de 20 ans mais connaîtrait une accentuation ces dernières années. "Aujourd'hui il y a une série de personnes dans un état d'esprit de passage à l'acte, donc c'est dangereux", ajoute Marie Peltier qui juge qu'il ne faut pas assimiler le problème à la radicalisation. "Il faut prendre le problème à la racine. Il faut le combattre idéologiquement, c'est sur terrain-là qu'il faut le combattre prioritairement", plaide-t-elle.

La petite Mia a été remise à sa grand-mère qui en avait la garde. Elles vivent de nouveau ensemble dans un endroit tenu secret. De son côté, la mère de l'enfant doit désormais rencontrer un procureur suisse pour évoquer sa possible extradition vers la France.

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Guillaume Dussourt